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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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LE PAUVRE DIABLE.

Des mœurs du temps un portrait véritable,Pour consommer cette œuvre du démon.Mais que fit-il dans ton affliction ?

Il me donna les conseils les plus sages.

« Quittez, dit-il, les profanes ouvrages ;Faites des vers moraux contre lamour ;Soyez dévot, montrez-vous à la cour. »

Je crois mon homme, et je vais à VersailleMaudit voyage ! hélas ! chacun se railleEn ce pays dun pauvre auteur moral ;

Dans lantichambre il est reçu bien mal,

Et les laquais insultent sa figurePar un mépris pire encor que linjure.

Plus que jamais confus, humilié,

Devers Paris je men revins à pied.

Labbé Trublet alors avait la rage '

Dêtre à Paris un petit personnage ;

Au peu desprit que le bon homme avaitLesprit dautrui par supplément servait.

Il entassait adage sur adage ;

Il compilait, compilait, compilait;

On le voyait sans cesse écrire, écrireCe quil avait jadis entendu dire,

Et nous lassait sans jamais se lasser :

Il me choisit pour laidera penser.

Trois mois entiers ensemble nous pensâmes,Lûmes beaucoup, et rien nimaginâmes.

Labbé Trublet mavait pétrifié ;

Mais un bâtard du sieur de la ChausséeVint ranimer ma cervelle épuisée,

Et tous les deux nous fîmes par moitiéUn drame court et non versifié,

Dans le grand goût du larmoyant comique,Roman moral, roman métaphysique,

Eh bien, mon fils, je ne te blâme pas.