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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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LE PAUVBE DIABLE.

Et mavisai que jétais au sabbat.

Un gros rabbin de cette synagogue,

Que javais vu ci-devant pédagogue,

Me reconnut : le bouc simaginaQuavec ses saints je métais couché.

Je lui contai ma honte et ma détresse.

Maître Abraham k , après cinq ou six motsDe compliment, me tint ce beau propos :

« Jai comme toi croupi dans la bassesse,Et cest le lot des trois quarts des humains :Mais notre sort est toujours dans nos mains.Je me suis fait auteur, disant la messe,Persécuteur, délateur, espion ;

Chez les dévots je forme des cabales :

Je cours, jécris, jinvente des scandales,Pour les combattre et pour me faire un nom,Pieusement semant la zizanie,

Et larrosant dun peu de calomnie.

Imite-moi, mon art est assez bon ;

Suis, comme moi, les méchants à la piste;Crie à limpie, à lathée, au déiste,

Au géomètre ; et surtout prouve bienQuun bel esprit ne peut-être chrétien :

Du rigorisme embouche la trompette ;

Sois hypocrite, et ta fortune est faite. »

A ce discours saisi démotion,

Le cœur encore aigri de ma disgrâce,

Je répondis en lui couvrant la faceDe mes cinq doigts ; et la troupe en besace,Qui fut témoin de ma vive action,

Crut que cétait une convulsion.

A la faveur de cette opinion ,

Je mesquivai de lantre de Mégère.

Cest fort bien fait ; si ta tête est légère,

Je maperçois que ton cœur est fort bon.