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LA VANITÉ.
plus austère. On y trouve un portrait de l’abbé Desfontaines, plus hardique tous ceux qu’on lit dans Pétrone. Cet ouvrage est de l’auteur de la
petite comédie intitulée le b . L’auteur était d’ailleurs aussi savant
dans l’antiquité que dans l’histoire des mœurs modernes; et il a composédes discours sérieux pour des personnages très-graves, qui ne savaientpas les faire eux-mêmes ( 1771 et 1775).
LA VANITÉ
1760.
Qu’as-tu , petit bourgeois 1 d’une petite ville?
Quel accident étrange, en allumant ta bile,
A sur ton large front répandu la rougeur?
D’où vient que tes gros yeux pétillent de fureur ?Réponds donc. —L’univers doit venger mes injures b ;L’univers me contemple, et les races futuresContre mes ennemis déposeront pour moi.
—L’univers, mon ami, ne pense point à toi,
L’avenir encor moins : conduis bien ton ménage,Divertis-toi, bois, dors, sois tranquille, sois sage.
De quel nuage épais ton crâne est offusqué !
— Ah ! j’ai fait un discours, et l’on s’en est moqué !
Des plaisants de Paris j’ai senti la malice ;
Je vais me plaindre au roi, qui me rendra justice ;
Sans doute il punira ces ris audacieux.
— Va, le roi n’a point lu ton discours ennuyeux.
Il a trop peu de temps, et trop de soins à prendre ;
Son peuple à soulager, ses amis à défendre,
La guerre à soutenir ; en un mot, les bourgeoisDoivent très-rarement importuner les rois.
La cour te croira fou : reste chez toi, bon homme.
— Non, je n’y puis tenir ; de brocards on m’assomme.Les quand, les qui, les quoi, pleuvant de tous côtés c ,Sifflent à mon oreille, en cent lieux répétés.
On méprise à Paris mes chansons judaïques ,
Et mon Pater anglais 11 , et mes rimes tragiques-;