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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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LA. VANITÉ.

Et ma prose aux quarante ! Un tel renversementUun État policé détruit le fondement.

Lintérêt du public se joint à ma vengeance;

Je prétends des plaisants réprimer la licence.

Pour trouver bons mes vers il faut faire une loi ;

Et de ce même pas je vais parler au roi.

Ainsi, nouveau venu, sur les rives de Seine,

Tout rempli de lui-même, un pauvre énergumèneDe son plaisant délire amusait les passants.

Souvent notre amour-propre éteint notre bon sens ;Souvent nous ressemblons aux grenouilles dHomère,Implorant à grands cris le fier dieu de la guerre,

Et les dieux des enfers, et Bellone, et Pallas,

Et les foudres des cieux, pour se venger des rats.

Voyez dans ce réduit ce crasseux janséniste,

Des nouvelles du temps infidèle copiste,

Vendant sous le manteau ces mémoires sacrésDe bedeaux de paroisse, et de clercs tonsurés.

11 pense fermement, dans sa superbe extase,Ressusciter les temps des combats dAthanase.

Ce petit bel esprit, orateur du barreau,

Alignant froidement ses phrases au cordeau,

Citant mal à propos des auteurs quil ignore,

Voit voler son beau nom du couchant à laurore :

Ses flatteurs, à dîner, lappellent Cicéron.

Berthier dans son collège est surnommé Varron.

Un vicaire à Chaillot croit que tout homme sageDoit penser dans Pékin comme dans son village ;

Et la vieille badaude, au fond de son quartier,

Dans ses voisins badauds voit lunivers entier.

Je suis loin de blâmer le soin très-légitimeDe plaire à ses égaux, et dêtre en leur estime.

Un conseiller du roi, sur la terre inconnu,

Doit dans son cercle étroit, chez les siens bien venu,Être approuvé du moins de ses graves confrères ;

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