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LA VANITÉ.
Mais on ne peut souffrir ces bruyants téméraires,
Sur la scène du monde ardents à s’étaler.
Veux-tu te faire acteur ? on voudra te siffler.Gardons-nous d’imiter ce fou de Diogène,
Qui pouvant chez les siens, en bon bourgeois d’Athèue,A l’étude, au plaisir doucement se livrer,
Vécut dans un tonneau pour se faire admirer.
Malheur à tout mortel, et surtout dans notre âge,
Qui se fait singulier pour être un personnage !
Piron seul eut raison, quand, dans un goût nouveau f ,
Il fit ce vers heureux , digne de son tombeau :
Ci-git qui ne fut rien. Quoi que l’orgueil en dise,Humains, faibles humains, voilà votre devise.
Combien de rois , grands dieux! jadis si révérés,
Dans l’éternel oubli sont en foule enterrés !
La terre a vu passer leur empire et leur trône.
On ne sait en quel lieu florissait Babylone.
Le tombeau d’Alexandre, aujourd’hui renversé,
Avec sa ville altière a péri dispersé.
César n’a point d’asile où son ombre repose ;
Et l’ami Pompignan 2 pense être quelque chose!
NOTES.
a Un provincial, dans un mémoire, a imprimé ces mots : « Il fauta que tout l’univers sache que leurs majestés se sont occupées de monh discours. Le roi l’a voulu voir ; toute la cour l’a voulu voir. "Il dit,dans un autre endroit, que « sa naissance est encore au-dessus de« son discours. » Un frère de la Doctrine chrétienne a trouvé peu d’hu-milité chrétienne dans les paroles de ce monsieur; et, pour le corriger,il a mis en lumière ces vers chrétiens, applicables à tous ceux qui ontplus de vanité qu’il ne faut ( 1760).
b Un provincial, dans un mémoire concernant une petite querelleacadémique, avait imprimé ces propres mots : « Il faut que tout l’uni-« vers sache que leurs majestés se sont occupées de mon discours à l’A-« cadémie. »
Et comme dans ce discours, dont leurs majestés ne s’étaient pointoccupées, l’auteur avait insulté plusieurs académiciens, il n’est pasétonnant qu’il se soit attiré une petite correction dans la pièce de vers