LES CHEVAUX ET LES ANES,ou
ÉTRENNES AUX SOTS.
1761 .
À ces beaux jeux inventés dans la Grèce ,Combats d’esprit, ou de force , ou d’adresse,Jeux solennels, écoles des héros,
Un gros Thébain, qui se nommait Bathos,Assez connu par sa crasse ignorance ,
Par sa lésine, et son impertinence,D’ambition tout comme un autre épris,Voulut paraître , et prétendit au prix.
C’était la course. Un beau cheval de Thrace ,Aux crins flottants , à l’œil brillant d’audace,Vif et docile, et léger à la main,
Vint présenter son dos à mon vilain.
Il demandait des housses , des aigrettes,
Un beau harnois, de l'or sur ses bossettes.Le bon Bathos quelque temps marchanda.Un certain âne alors se présenta.
L’àne disait : Mieux que lui je sais braire,
Et vous verrez que je sais mieux courir ;Pour des chardons je m’offre à vous servir :Préférez-moi. Mon Bathos le préfère.
Sûr du triomphe, il sort de sa maison :Voilà Bathos monté sur son grison.
Il veut courir. La Grèce était railleuse :
Plus l’assemblée était belle et nombreuse ,Plus on sifflait. Les Bathos en ce tempsN’imposaient pas silence aux bons plaisants.
Profitez bien de cette belle histoire,
Vous qui suivez les sentiers de la gloire ;Vous qui briguez ou donnez des lauriers,Distinguez bien les ânes des coursiers.