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LES CHEVAUX ET LES AXES
Guyon 1 2 moins plat, Moreau 1 plus fin railleur.
La cour enjoint à Jacque hétérodoxe 3 4De courir moins après le paradoxe ;
Je lui défends de jamais dénigrer
Des arts charmants qui peuvent l’honorer ;
Je veux, j’entends que, sous mon règne auguste,
Tout bon Français ait l’esprit sage et juste ;
Que nul robin ne soit présomptueux,
Nul moine lier, nul avocat verbeux.
Ouï le rapport, dans mon conseil j’ordonneQue la raison s’introduise en Sorbonne,
Que tout auteur sache me réjouir,
Ou m’éclairer; car tel est mon plaisir. »
Un tel édit serait plus inutileQue les sermons prêcliés par la NeuvilleDonc on aurait grande obligationA qui pourrait par exhortation,
Par vers heureux, et par douce éloquence,
Porter nos gens à moins d’extravagance,
Admonéter par nom et par surnomCes ennemis jurés de la raison.
On pourrait dire aux malins molinistes,
A leurs rivaux les rudes jansénistes ,
Aux gens du greffe, aux universités ,
1 Guyon, auteur de VOracle des nouveaux philosophes, ouvrage dis-tingué par son ridicule dans la foule des libelles sans nombre publiésavec approbation contre le citoyen qui fesait le plus d’honneur à sonpays, et un de ceux qui lui ont été le plus utiles. K.
2 Moreau, avocat au conseil. Il a beaucoup écrit en faveur des fer-miers généraux, et contre la philosophie. Il est l’auteur du Catéchismedes cacouacs. Dans ses livres sur l’histoire de France, il s’est permisd’altérer et de déguiser les monuments de nos anciennes annales, commesi l’autorité royale avait besoin d’être soutenue par des mensonges : seslivres ont eu le sort qu’ils méritaient, ils ont été méprisés et payés. Ona de lui quelques jolis couplets dans le genre flagorneur. K.
3 J. J. Rousseau (Ed.)
4 Charles Frey de Neuville, jésuite célèbre alors par des sermons rem-plis d’antithèses, où l’on rencontre de loin en loin quelques traits heu-reux ; d’ailleurs peu fanatique, et plus homme de lettres que jésuite. K.