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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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LE MARSEILLOIS

Dans ses trois éléments, au coin dun tourbillon.

De pauvre homme ignora , dans sa physique obscure,Et lhomme, et lanimal, et toute la nature.

Ce romancier hardi dupa longtemps les sots :

Laissons sa folie, et suivons nos propos.

Un jour un Marseillois, trafiquant en Afrique,Aborda le rivage fut jadis Utique.

Comme il se promenait dans le fond dun vallon,

Il trouva nez à nez un énorme lion,

A la longue crinière, à la gueule enflammée,

Terrible, et tout semblable au lion de Némée.

Le plus horrible effroi saisit le voyageur :

Il nétait pas Hercule ; et, tout transi de peur,

Il se mit à genoux, et demanda la vie.

Le monarque des bois, dune voix radoucie,

Mais qm fesait encor trembler le Provençal,

Lui dit en bon français : « Ridicule animal,

Tu veux donc quaujourdhui de souper je me passe ?Écoute, jai dîné : je veux te faire grâce,

Si tu peux me prouver quil est contre les loisQue le soir un lion soupe dun Marseillois. »

Le marchand à ces mots conçut quelque espérance.Il avait eu jadis un grand fonds de science;

Et, pour devenir prêtre, il apprit du latin ;

Il savait Rabelais et son saint Augustin °.

Dabord il établit, selon lusage antique,

Quel est le droit divin du pouvoir monarchique ;

Quau plus haut des degrés des êtres inégauxLhomme est mis pour régner sur tous les animaux f ;Que la terre est son trône, et que dans létendueLes astres sont formés pour réjouir sa vue.

Il conclut quétant prince, un sujet africainNe pouvait sans pécher manger son souverain.

Le lion, qui rit peu, se mit pourtant à rire ;

Et, voulant par plaisir connaître cet empire,