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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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ET LE LION.

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En deux grands coups de griffe il dépouilla tout nuDe lunivers entier le monarque absolu.

11 vit que ce grand roi lui cachait sous le lingeUn corps faible monté sur deux fesses de singe,

A deux minces talons deux gros pieds attachés ,

Par cinq doigts superflus dans leur marche empêchés,Deux mamelles sans lait, sans grâce, sans usage,

Un crâne étroit et creux couvrant un plat visage,Tristement dégarni du tissu de cheveuxDont la main dun barbier coiffa son front crasseux.Tel était en effet ce roi sans diadème,

Privé de sa parure, et réduit à lui-même.

Il sentit en effet quil devait sa grandeur

Au lil dun perruquier, aux ciseaux dun tailleur.

« Ah! dit-il au lion, je vois que la natureMe fait faire en ce monde une triste figure :

Je pensais être roi ; javais certes grand tort.

Vous êtes le vrai maître, en étant le plus fort.

Mais songez quun héros doit dompter sa colère ;

Un roi nest point aimé sil nest point débonnaire.

Dieu, comme vous savez, est au-dessus des rois :Jadis en Arménie il vous donna des lois,

Lorsque dans un grand coffre, à la merci des ondes,Tous les animaux purs, ainsi que les immondes,ParNoé mon aïeul enfermés si longtemps<',Respirèrent enfin lair natal de leurs champs :

Dieu lit avec eux tous une étroite alliance,

Un pacte solennel. » « Oh ! la plate impudence !

As-tu perdu lesprit par excès de frayeur?

Dieu, dis-tu, fit un pacte avec nous ! » « Oui, seigneurIl vous recommanda dêtre clément et sage,

De ne toucher jamais à lhomme, son image 11 .

Et si vous me mangez, lÉternel irritéFera payer mon sang à votre majesté. »

« Toi, limage de Dieu ! toi, magot de Provence !