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LE MARSEILL01S
Conçois-tu bien l’excès de ton impertinence ?
Montre l’original de mon pacte avec Dieu.
Par qui fut-il écrit? en quel temps ? dans quel lieu 1 ?Je vais t’en montrer un plus sûr, plus véritable :
De mes quarante dents vois la file effroyable k ;
Ces ongles, dont un seul pourrait te déchirer ;
Ce gosier écumant, prêt à te dévorer ;
Cette gueule, ces yeux , dont jaillissent des flammes :Je tiens ces heureux dons du Dieu que tu réclames.
Il ne fait rien en vain : te manger est ma loi ;
C’est là le seul traité qu’il ait fait avec moi.
Ce Dieu, dont mieux que toi je connais la prudence,Ne donne pas la faim pour qu’on fasse abstinence.Toi-même as fait passer sous tes chétives dentsD’imbéciles dindons, des moutons innocents,
Qui n’étaient pas formés pour être ta pâture.
Ton débile estomac, honte de la nature,
Ne pourrait seulement, sans l’art d’un cuisinier,Digérer un poulet, qu’il faut encor payer.
Si tu n’as point d’argent, tu jeûnes en ermite ;
Et moi, que l’appétit en tout temps sollicite,
Conduit par la nature, attentive à mon bien,
Je puis t’avaler cru, sans qu’il m’en coûte rien.
Je te digérerai, sans faute, en moins d’une heure.
Le pacte universel est qu’on naisse et qu'on meure.Aprends qu’il vaut autant, raisonneur de travers,Être avalé par moi que rongé par les vers. »
« Sire, les Marseillois ont une âme immortelle :Ayez dans vos repas quelque respect pour elle. »
« La mienne apparemment est immortelle aussi.
Va, de ton esprit gauche elle a peu de souci.
Je ne veux point manger ton âme raisonneuse.
Je cherche une pâture et moins fade et moins creuse.C’est ton corps qu’il me faut ; je le voudrais plus grasMais ton âme, crois-moi, ne me tentera pas, »