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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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LES TROIS EMPEREURS

Loin du monde et du bruit choisit son domicileSous un toit écarté, dans le fond dun faubourg.

Ils évitaient léclat : les vrais grands le dédaignent.

Les galants de la cour, et les beautés qui régnent,

Tous les gens du bel air, ignoraient leur séjour :

A de semblables saints il ne faut que des sages ;

Il nen est pas en foule. On en trouva pourtant,

Gens instruits et profonds qui nont rien de pédant,

Qui ne prétendent point être des personnages ;

Qui, des sots préjugés paisiblement vainqueurs,

Dun regard indulgent contemplent nos erreurs ;

Qui, sans craindre la mort, savent goûter la vie ;

Qui ne sappellent point la bonne compagnie,

Qui la sont en effet. Leur esprit et leurs mœursRéussirent beaucoup chez les trois empereurs.

A leur petit couvert chaque jour ils soupèrent;

Moins ils cherchaient lesprit, et plus ils en montrèrent.Tous charmés lun de lautre, ils étaient bien surprisDêtre sur tous les points toujours du même avis.

Us ne perdirent point leurs moments en visites ;

Mais on les rencontrait aux arsenaux de Mars,

Chez Clio, chez Minerve, aux ateliers des arts.

Ils les encourageaient en prisant leurs mérites.

On conduisit bientôt nos nouveaux curieuxAux chefs-dœuvre brillants d Andromaque et A'Annick,Quils préféraient aux jeux du Cirque et de lÉlide :

Le plaisir de lesprit passe celui des yeux.

Dun plaisir différent nos trois césars jouirent,Lorsquà lObservatoire un verre industrieuxLeur fît envisager la structure des cieux,

Des cieux quils habitaient, et dont ils descendirent.

De, près dun beau pont que bâtit autrefoisLe plus grand des Henris, et peut-être des rois.Marc-Aurèle aperçut ce bronze quon révère,

Ce prince, ce héros célébré tant de fois,