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LES TROIS EMPEREURS
Loin du monde et du bruit choisit son domicileSous un toit écarté, dans le fond d’un faubourg.
Ils évitaient l’éclat : les vrais grands le dédaignent.
Les galants de la cour, et les beautés qui régnent,
Tous les gens du bel air, ignoraient leur séjour :
A de semblables saints il ne faut que des sages ;
Il n’en est pas en foule. On en trouva pourtant,
Gens instruits et profonds qui n’ont rien de pédant,
Qui ne prétendent point être des personnages ;
Qui, des sots préjugés paisiblement vainqueurs,
D’un regard indulgent contemplent nos erreurs ;
Qui, sans craindre la mort, savent goûter la vie ;
Qui ne s’appellent point la bonne compagnie,
Qui la sont en effet. Leur esprit et leurs mœursRéussirent beaucoup chez les trois empereurs.
A leur petit couvert chaque jour ils soupèrent;
Moins ils cherchaient l’esprit, et plus ils en montrèrent.Tous charmés l’un de l’autre, ils étaient bien surprisD’être sur tous les points toujours du même avis.
Us ne perdirent point leurs moments en visites ;
Mais on les rencontrait aux arsenaux de Mars,
Chez Clio, chez Minerve, aux ateliers des arts.
Ils les encourageaient en prisant leurs mérites.
On conduisit bientôt nos nouveaux curieuxAux chefs-d’œuvre brillants d’ Andromaque et A'Annick,Qu’ils préféraient aux jeux du Cirque et de l’Élide :
Le plaisir de l’esprit passe celui des yeux.
D’un plaisir différent nos trois césars jouirent,Lorsqu’à l’Observatoire un verre industrieuxLeur fît envisager la structure des cieux,
Des cieux qu’ils habitaient, et dont ils descendirent.
De là, près d’un beau pont que bâtit autrefoisLe plus grand des Henris, et peut-être des rois.Marc-Aurèle aperçut ce bronze qu’on révère,
Ce prince, ce héros célébré tant de fois,