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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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132 LES TROIS EMPEREURS EN SORBONNE.

Ce coquin de Titus, lamour du genre humain,Marc-Aurcle, Trajan, le grand Henri lui-même c ,Tous créés pour lenfer, et morts sans sacrements.

Mais, parmi ses élus , nous plaçons les Cléments d ,Dont nous avons ici solennisé la fête ;

De beaux rayons dorés nous ceignîmes sa tête :Ravaillac et Damiens, sils sont de vrais croyants %Sils sont bien confessés, sont ses heureux enfants.

Un Fréron bien huilé verra Dieu face à face f ;

Et Turenne amoureux, mourant pour son pays,Brûle éternellement chez les anges maudits.

Tel est notre plaisir, telle est la loi de grâce. »

Les divins voyageurs étaient bien étonnésDe se voir en Sorbonne, et de sy voir damnés :

Les vrais amis de Dieu répriment leur colère.Marc-Aurèle lui dit dun ton très-débonnaire 8 :

« Vous ne connaissez pas les gens dont vous parlez ;Les facultés parfois sont assez mal instruitesDes secrets du Très-Haut, quoiquils soient révélés.Dieu nest ni si méchant ni si sot que vous dites. »

Ribaudier, à ces mots roulant un œil hagard,Dans des convulsions dignes de Saint-Médard ,Nomma le demi-dieu déiste, athée, impie,

Hérétique, ennemi du trône et de lautel,

Et lui fit intenter un procès criminel.

Les Romains cependant sortent de lécurie.

« Mon Dieu, disait Titus, ce monsieur Ribaudier,Pour un docteur français, me semble bien grossier. »Nos sages rougissaient pour lhonneur de la France.

« Pardonnez, dit lun deux, à tant dextravagance :Nous nassistons jamais à ces belles leçons.

Nous nous sommes mépris ; Ribaudier nous étonne :Nous pensions en effet vous mener en Sorbonne,

Et lon vous a conduits aux Petites-Maisons. »