LES CABALES.
I 54
Vous lient ici debout sans vouloir écouter ?
Ne suis-je à l’Opéra que pour y disputer ? »
Je sors, je me dérobe aux Ilots de la cohue ;
Les laquais assemblés cabala'ient dans la rue.
Je me sauve avec peine aux jardins si vantésQue la main de le Nostre avec art a plantés.
D’autres fous à l’instant une troupe m’arrête.
Tous parlent à la fois, tous me rompent la tête...
« Avez-vous lu sa pièce? il tombe, il est perdu ;
Par le dernier journal je le tiens confondu. »
« Qui ? de quoi parlez-vous ? d’où vient tant de colèreQuel est votre ennemi ? » « C’est un vil téméraire ,
Un rimeur insolent qui cause nos chagrins :
II croit nous égaler en vers alexandrins. »
« Fort bien : de vos débats je conçois l’importance. »
Mais un gros de bourgeois vers ce côté s’avance.
« Choisissez, ine dit-on, du vieux ou du nouveau. »
Je croyais qu’on parlait d’un vin qu’on boit sans eau,Et qu’on examinait si les gourmets de FranceD’une vendange heureuse avaient quelque espérance ;Ou que des érudits balançaient doctementEntre la loi nouvelle et le vieux Testament .
Un jeune candidat, de qui la chevelurePassait de Clodion la royale coiffure B ,
Me dit d’un ton de maître, avec peine adouci :
« Ce sont nos parlements dont il s’agit iei ;
Lequel préférez-vous ? » « Aucun d’eux, je vous jure.Je n’ai point de procès, et, dans ma vie obseure,
Je laisse au roi mon maître, en pauvre citoyen,
Le soin de son royaume, où je ne prétends rien.
Assez de grands esprits, dans leur troisième étage,N’ayant pu gouverner leur femme et leur ménage ',
Se sont mis, par plaisir, à régir l’univers.
Sans quitter leur grenier, ils traversent les mers ;
Ils raniment l’État, le peuplent, l’enrichissent :