NOTES.
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poissons avaient été changés en hommes. Aussi quand on a imprimé sonlivre, on n’a pas manqué de le dédier à Cyrano de Bergerac ( 1772 ).
1 11 y a des morceaux éloquents dans ce livre ; mais il faut avouerqu’il est diffus et quelquefois déclamateur; qu’il se contredit, qu’il af-firme trop souvent ce qui est en question, et surtout qu’il est fondé surde prétendues expériences dont la fausseté et le ridicule sont aujourd’huireconnus, et sifflés de tout le monde. Tenons-nous-en à ce dernier article,qui est le plus palpable de tous. C’est cette fameuse transmutation qu’unpauvre jésuite anglais, nommé Needham, crut avoir faile, de jus demouton et de blé pourri, en petites anguilles, lesquelles produisaientbientôt une race innombrable d’anguilles. Nous en avons parlé ailleurs.
On disait au jésuite Needham que cela n’était bon que du temps d’A-ristote, de Gamaliel, de Flavien-Josèphe, et de Philon, où l’on croyaitque la génération s’opérait par la corruption, et que le limon d’Égypteformait des rats. Il répondit que notre Sauveur lui-même et ses apôtresavaient dit plusieurs fois qu’il faut que le blé pourrisse et meure pour le-ver et pour produire, et que par conséquent son blé pourri et son jusde mouton fesaient naître des races d’anguilles infailliblement. On avaitbeau lui répliquer que Jésus-Christ daignait se conformer aux idéesfausses et grossières des paysans galiiéens, ainsi qu’il daignait se vêtirà leur mode, parler leur langage, et observer tous leurs rites ; mais quela sagesse incarnée devait bien savoir que rien ne peut naître sans germe ;que son système était aussi dangereux qu’extravagant 5 que si on pou-vait former des anguilles avec du jus de mouton, on ne manquerait pasde former des hommes avec dujus de perdrix; qu’alors on croirait pou-voir se passer de Dieu, et que les athées s’empareraient de la place.Needham n’en démordait point; et, aussi mauvais raisonneur quemauvais chimiste, il persista longtemps à se croire créateur d’anguil-les; de sorte que, par une étrange bizarrerie, un jésuite se servait despropres paroles de Jésus-Christ pour établir son opinion ridicule, et lesathées se servaient de l’ignorance et de l’opiniâtreté d’un jésuite pour secontinuer dans l’athéisme. On citait partout la découverte de Needham.Un des plus intrépides athées m’assurait que dans la ménagerie du princeCharles à Bruxelles, il y avait un lapin qui fesait tous les mois desenfants à une poule. Enlin l’expérience du jésuite fut reconnue- pour cequ’elle était; et les athées furent obligés de se pourvoir ailleurs ( 1772 ).
m C’est ce même Langlevieux La Beaumelle, dont il est parlé dans lesnotés sur l’épitre à M. Dalembert, et ailleurs.
Ce môme homme s’est depuis associé avec Fréron; et, malgré tantd’horreurs et tant de bassesses, il a surpris la protection d’une personnerespectable qui ignorait ses excès ridicules ; mais oportet cognosci malos.
Nous ajouterons à cette note que Boileau attaqua toujours des person-nes dont il n’avait pas le moindre sujet de se plaindre, et que notre au-teur s’est toujours borné à repousser les injures et les calomnies desRollets de son temps. Il y avait deux partis à prendre : celui de négligerles impostures atroces que la Beaumelle a vomies pendant vingt ans,et celui de les relever. Nous avons jugé le dernier parti plus juste etplus convenable.
C'est rendre un service essentiel à plus de cent familles, de faire con-naître le vil scélérat qui a osé les outrager.
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