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LA TACTIQUE.
Los ministres d’État, et tous ceux qui sont chargés de maintenir l'ordrepublic, doivent savoir que ces libelles méprisables sont recherchés dansl’Allemagne, dans l’Angleterre, dans tout le Nord; qu’il y en a de touteespèce; qu’on les lit avidement, comme on y boit pour du vin de Bour-gogne les vins faits à Liège; que la faim et la malice produisent tous lesjours de ces ouvrages infâmes, écrits quelquefois avec assez dartifice;que la curiosité les dévore ; qu’ils font pendant un temps une impressiondangereuse; que depuis peu l’Europe a été inondée de ces scandales; etque plus la langue française a de cours dans les pays étrangers, plus ondoit l’employer contre les malheureux qui en font un si coupable usage,et qui se rendent si indignes de leur patrie (1772;.
11 Baruch Spinosa, théologien, circonspect, et fort honnête homme;nous l’appelons ici Baruch, parce que c’est son véritable nom ; on ne luia donné celui de Benoit que par erreur; il ne fut jamais baptisé. Nousavons fait une note plus longue sur ce sophiste à la suite du petit poèmesur les Systèmes (1772).
— Vers 1771, les querelles sur les deux parlements, les révolutions duministère, et les disputes sur la cause universelle, augmentèrent le nombredes ennemis de M. de Voltaire ; les philosophes parurent un moment vou-loir s’unir aux prêtres contre lui; mais cette division entre des hommesqui devaient rester toujours unis, pour défendre la cause de la raison etde l’humanité, ne fut point durable. C’est à celte querelle passagère queM. de Voltaire fait allusion à la lin des Cabales. K.
LA TACTIQUE
1773 .
J’étais lundi passé chez mon libraire Caille 2 ,
Qui, dans son magasin , n’a souvent rien qui vaille.
« J’ai, dit-il, par bonheur, un ouvrage nouveau,
Nécessaire aux humains, et sage autant que beau.
C’est à l’étudier qu’il faut que l’on s’applique ;
11 fait seul nos destins : prenez , c’est la Tactique, »
« La Tactique ! lui dis-je : hélas ! jusqu’à présentJ’ignorais la valeur de ce mot si savant. »
« Ce nom, répondit-il, venu de Grèce en France ,
1 Celte pièce, comme on sait, blessa vivement le roi de Prusse. (tid.)
J Le libraire Caille, dont il est ici question, était de Ccnève, et y liabitait: piqué du second vers, où il est accusé de n’avoir souvent rien quivaille, il lit afficher qu’il ne vendait que les ouvrages de M. de Voltaire(Note de M. Bouchot.)