LA TACTIQUE.
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Veut dire le grand art, ou l’art par excellence a ,
Des plus nobles esprits il remplit tous les vœux, »J’achetai sa Tactique, et je me crus heureux.J’espérais trouver l’art de prolonger ma vie,
D’adoucir les chagrins dont elle est poursuivie,
De cultiver mes goûts, d’être sans passion,
D’asservir mes désirs au joug de la raison,
D’être juste envers tous, sans jamais être dupe.
Je m’enferme chez moi, je lis ; je ne m’occupeQue d’apprendre par cœur un livre si divin.
Mes amis, c’était l’art d’égorger son prochain.
J’apprends qu’en Germanie autrefois un bon prêtre bPétrit, pour s’amuser, du soufre et du salpêtre ;
Qu’un énorme boulet, qu’on lance avec fracas,
Doit mirer un peu haut pour arriver plus bas ;
Que d’un tube de bronze aussitôt la mort voleDans la direction qui fait la parabole c ,
Et renverse, eu deux coups prudemment ménagés,
Cent automates bleus, à la file rangés.
Mousquet, poignard, épée ou tranchante ou pointue ,Tout est bon, tout va bien, tout sert, pourvu qu’on tue.
L’auteur, bientôt après, peint des voleurs de nuit,
Qui, dans un chemin creux, sans tambour et sans bruit,Discrètement chargés de sabres et d’échelles,
Assassinent d’abord cinq ou six sentinelles ;
Puis, montant lestement aux murs de la cité,
Ou les pauvres bourgeois dormaient en sûreté,
Portent dans leurs logis,le fer avec les flammes,Poignardent les maris, couchent avec les dames,Écrasent les enfants, et, las de tant d’efforts,
Boivent le vin d’autrui sur des monceaux de morts.
Le lendemain matin, on les mène à l’égliseRendre grâce au bon Dieu de leur noble entreprise,
Lui chanter en latin qu’il est leur digne appui,
Que dans la ville en feu l’on n’eût rien fait sans lui,