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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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LA TACTIQUE.

Quon ne peut ni voler, ni violer son monde,

Ni massacrer les gens, si Dieu ne nous seconde.

Étrangement surpris de cet art si vanté,

Je cours chez monsieur Caille, encore épouvanté ;

Je lui rends son volume, et lui dis en colère :

« Allez, de Belzébut détestable libraire !

Portez votre Tactique au chevaliei de Tôt ;

Il fait marcher les Turcs au nom de Sabaoth.

Cest lui qui, de canons couvrant les Dardanelles,

A tuer les chrétiens instruit les infidèles.

Allez , adressez-vous à monsieur Romanzof,

Aux vainqueurs tout sanglants de Bender et dAzof ;

A Frédéric surtout offrez ce bel ouvrage,

Et soyez convaincu quil en sait davantage.

Lucifer linspira bien mieux que votre auteur * 1 ;

Il est maître passé dans cet art plein dhorreur ;

Plus adroit meurtrier que Gustave et quEugène.

Allez ; je ne crois pas que la nature humaineSortit (je ne sais quand) des mains du Créateur,

Pour insulter ainsi létemel bienfaiteur,

Pour montrer tant de rage et tant dextravagance.Lhomme, avec ses dix doigts, sans armes, sans défense,Na point été formé pour abréger des joursQue la nécessité rendait déjà si courts.

La goutte avec sa craie, et la glaire endurcieQui se forme en cailloux au fond de la vessie,

La fièvre, le catarrhe, et cent maux plus affreux,

Cent charlatans fourrés , encor plus dangereux,

Auraient suffi sans doute au malheur de la terre,

Sans que lhomme inventât ce grand art de la guerre.

« Je hais tous les héros, depuis le grand CyrusJusquà ce roi brillant qui forma Lentulus c :

On a beau me vanter leur conduite admirable ,

Je menfuis loin deux tous , et je les donne au diable.>

En mexpliquant ainsi, je vis que dans un coin