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LA TACTIQUE.
Et vous jugiez en paix les taleuts des acteurs.
Hélas ! qu’auriez-vous fait, vous, et tous les auteurs ,Qu’aurait fait tout Paris, si Louis, en personne,
N’eût passé, le matin, sur le pont de Calonne ;
Et si tous vos césars à quatre sous parjourN’eussent bravé l’Anglais, qui partit sans retour ?
Vous savez quel mortel, amoureux de la gloire,
Avec quatre canons ramena la victoire.
Ce fut au prix du sang du généreux Grammont,
Et du sage Lutteaux, et du jeune Craon,
Que de vos beaux esprits les bruyantes cohuesComposaient les chansons qui couraient dans les rues ;Ou qu’ils venaient gaiement, avec un ris malin ,
Siffler Sémirarnu , Mérope, et l’Orphelin.
Ainsi que le dieu Mars, Apollon prend les armes.L’Église, le barreau, la cour, ont leurs alarmes.
Au fond d’un galetas, Clément et Savatier cFont la guerre au bon sens sur des tas de papier.Souffrez donc qu’un soldat prenne au moins la défenseD’un art qui fit longtemps la grandeur de la France,
Et qui des citoyens assure le repos. »
Monsieur Guibert se tut après ce long propos :
Moi, je me tus aussi, n’ayant rien à redire.
De la droite raison je sentis tout l’empire ;
Je conçus que la guerre est le premier des arts,
Et que le peintre heureux des Bourbons, des Bayards s,Eu dictant leurs leçons, était digne peut-êtreDe commander déjà dans l’art dont il est maître.
Mais, je vous l’avouerai, je formai des souhaitsPour que ce beau métier ne s’exerçât jamais ,
Et qu’enfin l’équité fit régner sur la terreL'impraticable paix de l’abbé de Saint-Pierre 11 .