ÉPÎTRES.
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Prier les dieux de la seconde espèce,
Qui des mortels font le mal ou le bien ?
Comment aimer des gens qui n’aiment rien,
Et qui, portés sur ces rapides sphèresQue la fortune agite en sens contraires,
L’esprit troublé de ce grand mouvement,
N’ont pas le temps d’avoir un sentiment?
A leur lever pressez-vous pour attendre,
Pour leur parler sans vous en faire entendrePour obtenir, après* trois ans d’oubli,
Dans l’antichambre un refus très-poli.
« Non, dites-vous, la cour ni le beau mondeNe sont point faits pour celui qui les fronde.
Fuis pour jamais ces puissants dangereux ;
Fuis les plaisirs, qui sont trompeurs comme eux.Bon citoyen, travaille pour la France, .
Et du public attends ta récompense. »
Qui? le public ! ce fantôme inconstant,
Monstre à cent voix, Cerbère dévorant,
Qui.flatte et mord, qui dresse par sottiseUne statue, et par dégoût la brise?
Tyran jaloux de quiconque le sert,
Il profana la cendre de Colbert ;
Et, prodiguant l’insolence et l’injure,
Il a flétri la candeur la plus pure :
Il juge, il loue, il condamne au hasardToute vertu , tout mérite, et tout art.
C’est lui qu’on vit, de critiques avide,Déshonorer le chef-d’œuvre d 'Armide,
Et, pour Judith, Pirame, et Régula-.,Abandonner Phèdre, et Britannicus ;
Lui qui dix ans proscrivit A thalie,
Qui 1 , protecteur d’une scène avilie,
Frappant des mains, bat à tort, à travers,
Au mauvais sens qui hurle en mauvais vers.
Mais il revient, il répare sa honte ;