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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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ÉPÎTKES.

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II gratte, il gratte ; il se présente , il dit :

« Je suis lauteur... » Hélas ! mou pauvre hère,Cest pour cela que vous nentrerez pas.

Le malheureux /honteux de sa misère,Sesquive en hâte, et, murmurant tout basDe voir en lui les neuf Muses bannies ,

Du temps passé regrettant les beaux jours,

Il rime encore, et sétonne toujoursDu peu de cas quon fait des grands génies.

Pour lachever, quelque compilateur,

Froid gazetier, jaloux dun froid auteur,

Quelque Fréron, dans Y Ane littéraire,

Vient lentamer de sa dent mercenaire ;

A laboyeur il reste abandonné,

Comme un esclave aux bêtes condamné.

Voilà son sort; et puis cherchez à plaire!

Mais cest bien pis, hélas ! sil réussit.

LEnvie alors, Euménide implacable,

Chez les vivants harpie insatiable,

Que la mort seule à grandpeine adoucit,Laffreuse Envie, active, impatiente,

Versant le fiel de sa bouche écumante,

Court à Paris, par de longs sifflements,

Dans leurs greniers réveiller ses enfants.

A cette voix, les voilà qui descendent,

Qui dans le monde à grands flots se répandent,En manteau court, en soutane, en rabat,

En petit-maître, en petit magistrat.

Écoutez-les : « Cette œuvre dramatiqueEst dangereuse, et lauteur hérétique. »

Maître Abraham va sur lui distillantLacide impur quil vendait sur la Loire c ;

Maître Crevier, dans sa pesante histoireQuon ne lit point, condamne son talent.

Un petit singe ', à face de Thersite,

1 Oincr Joly de Fleury.