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ÉlUTtlES.
La médiocrité couvre la terre entière ;
Les mortels ont à peine une faible lumière,
Quelques vertus sans force, et des talents bornés.
S’il est quelques esprits par le ciel destinésA s’ouvrir des chemins inconnus au vulgaire,
A franchir des beaux-arts la limite ordinaire,
La nature est alors prodigue en ses présents ;
Elle égale dans eux les vertus aux talents.
Le souffle du génie et ses fécondes flammesN’ont jamais descendu que dans de nobles âmes;
11 faut qu’on en soit digne, et le cœur épuréEst le seul aliment de ce flambeau sacré.
Un esprit corrompu ne fut jamais sublime.
Toi que forma Vénus, et que Minerve anime,
Toi qui ressuscitas sous mes rustiques toitsL ’Électre de Sophocle aux accents de ta voix(Non VElectre française 1 , à la mode soumise ,
Pour le galant Itys si galamment éprise),
Toi qui peins la nature en osant l’embellir,
Souveraine d’un art que tu sus ennoblir,
Toi dont un geste, un mot, m’attendrit et m’enflamme,Si j’aime tes talents, je respecte ton âme.
L’amitié, la grandeur, la fermeté , la foi a ,
Les vertus que tu peins, je les retrouve en toi ;
Elles sont dans ton cœur. La vertu que j’encenseN’est pas des voluptés la sévère abstinence.
L’amour, ce don du ciel, digne de son auteur,
Des malheureux humains est le consolateur.
Lui-même il fut un dieu dans les siècles antiques ;
On en fait un démon chez nos vils fanatiques :Très-désintéressé sur ce péché charmant,
J’en parle en philosophe, et non pas en amant.
Une femme sensible, et que l’amour engage,
Quand elle est honnête homme, à mes yeux est un sage.
1 VElectre de Crébillon.