F.PÎïRES.
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Que ee conteur heureux qui plaisamment chanta bLe démon Belphégor et madame Honesta ,
L’Ésope des Français, le maître de la fable,
Ait de la Champmêlé vanté la voix aimable ,
Ses accents amoureux et ses sons affétés,
Écho des fades airs que Lambert c a notés :
Tu n’étais pas alors ; on ne pouvait connaîtreCet art qui n’est qu’à toi, cet art que tu fais naître.
Corneille, des Romains peintre majestueux,
T’aurait vue aussi noble , aussi Romaine qu’eux.
Le ciel, pour échauffer les glaces de mon âge,
Le ciel me réservait ce flatteur avantage :
Je ne suis point surpris qu’un sort capricieuxAit pu mêler quelque ombre à tes jours glorieux.
L’âme qui sait penser n’en est point étonnée ;
Elle s’en affermit, loin d’être consternée :
C’est le creuset du sage ; et son or altéréEn renaît plus brillant, en sort plus épuré.
En tout temps, en tout lieu, le public est injuste ;Horace s’en plaignait sous l’empire d’Auguste.
La malice , l’orgueil, un indigne désirD’abaisser des talents qui font notre plaisir,
De flétrir les beaux-arts qui consolent la vie ,
Voilà le cœur de l’homme; il est né pour l’envie.
A l’Église, au barreau, dans les camps , dans les cours,Il est, il fut ingrat, et le sera toujours.
Du siècle que j’ai vu 1 tu sais quelle est la gloire :
Ce siècle des talents vivra dans la mémoire.
Mais vois à quels dégoûts le sort abandonnaL’auteur d 'Iphigénie et celui de Cirma ;
Ce qu’essuya Quinault, ce que souffrit Molière ;
Fénelon dans l’exil terminant sa carrière ;
Arnauld , qui dut jouir du destin le plus beau,
Arnauld manquant d’asile, et même de tombeau.
‘ Siècle de Louis XIV.