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ÉPÎTBES.
Au creux de ces rochers, dans ces gouffres affreux,Je vois des animaux maigres, pâles, hideux,Demi-nus , affamés, courbés sous l’infortune ;
Ils sont hommes pourtant : notre mère communeA daigné prodiguer des soins aussi puissantsA pétrir de ses mains leur substance mortelle,
Et le grossier instinct qui dirige leurs sens,
Qu’à former les vainqueurs de Pharsale et d’A réelle.Au livre des destins tous leurs jours sont comptés ;Les tiens l’étaient aussi. Ces dures véritésÉpouvantent le lâche et consolent le sage.
Tout est égal au monde : un mourant n’a point d’âge.Le Dauphin le disait au sein de la grandeur,
Au printemps de sa vie, au comble du bonheur ;
Il l’a dit en mourant, de sa voix affaiblie,
A son 111s, à son père, à la cour attendrie.
O toi ! triste témoin de son dernier moment,
Qui lis de sa vertu ce faible monument,
Ne me demande point ce qui fonda sa gloire,
Quels funestes exploits assurent sa mémoire,
Quels peuples malheureux on le vit conquérir,
Ce qu’il fit sur la terre... il t’apprit à mourir!
A M. LE CHEVALIER DE BOUFFLERS.
1766 .
Croyez qu’un vieillard cacochyme,
Chargé de soixante et douze ans,
Doit mettre, s’il a quelque sens,
Son âme et son corps au régime.
Dieu lit la douce IllusionPour les heureux fous du bel âge ;
Pour les vieux fous l’ambition,
Et la retraite pour le sage.
Vous me direz qu’Anacréon ,