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ÉPÎTKES.
Tout empira depuis. Deux partis fanatiques,
De la droite raison rivaux évangéliques ,
Et des dons de l’esprit dévots persécuteurs,
S’acharnaient à l’envi sur les pauvres auteurs.
Du faubourg Saint-Médard les dogues aboyèrent,
Et les renards d’Ignaee avec eux se glissèrent.
J’ai vu ces factions, semblables aux brigandsRassemblés dans un bois pour voler les passants ;
Et, combattant entre eux pour diviser leur proie,
De leur guerre intestine ils m’ont donné la joie.
J’ai vu l’un des partis de mon pays chassé,
Maudit comme les Juifs, et comme eux dispersé ;
L’autre, plus méprisé, tombant dans la poussièreAvec Guyon f , Fréron, Nonotte, et Sorinière.
Mais parmi ces faquins l’un sur l’autre expirants,
Au milieu des billets exigés des mourants,
Dans cet amas confus d’opprobre et de misère,
Qui distingue mon siècle et fait son caractère,
Quels chants pouvaient former les enfants des neuf SœursSous un ciel orageux, dans ces temps destructeurs,
Des chantres de nos bois les voix sont étouffées :
Au siècle des Midas on ne voit point d’Orphées.
Tel qui dans l’art d’écrire eût pu te défier,
Va compter dix pour cent chez Rabot le banquier :
De dépit et de honte il a brisé sa lyre.
Ce temps est, réponds-tu, très-bon pour la satire.
Mais quoi ! puis-je en mes vers, aiguisant un bon mot,Affliger sans raison l’amour-propre d’un sot ;
Des Cotins de mon temps poursuivre la racaille,
Et railler un Coger dont tout Paris se raille ?
Non, ma muse m’appelle à de plus hauts emplois.
A chanter la vertu j’ai consacré ma voix.
Vainqueur des préjugés que l’imbécile encense,
J’ose aux persécuteurs prêcher la tolérance ;
Je dis au riche avare : « Assiste l’indigent ; »