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ÉPÎTRES.
Mais, sans approfondir ce qu’un Chinois doit croire,Séguier s t’affublerait d’un beau réquisitoire ;
La cour pourrait te faire un fort mauvais parti,
Et blâmer, par arrêt, tes vers et ton Changti.
La Sorbonne, en latin, mais non sans solécismes,Soutiendra que ta muse a besoin d’exorcismes ;
Qu’il n’est de gens de bien que nous et nos amis ;
Que l’enfer, grâce à Dieu, t’est pour jamais promis.Dispensateurs fourrés de la vie éternelle,
Ils ont rôti Trajan et bouilli Marc-Aurèle.
Ils t’en feront autant, et, partout condamné,
Tu ne seras venu que pour être damné.
Le monde en factions dès longtemps se partageTout peuple a sa folie ainsi que son usage :
Ici les Ottomans, bien sûrs que l’ÉtemelJadis à Mahomet députa Gabriel,
Vont se laver le coude aux bassins des mosquées r ;
Plus loin, du grand lama les reliques musquées'Passent de son derrière au cou des plus grands rois.
Quand la troupe écarlate à Rome a fait un choix,L’élu, fût-il un sot, est dès lors infaillible.
Dans l’Inde le Veidam, et dans Londres la Bible ',
A l’hôpital des fous ont logé plus d’espritsQue Grisel u n’a trouvé de dupes à Paris.
Monarque, au nez camus, des fertiles rivagesPeuplés, à ce qu’on dit, de fripons et de sages,
Règne en paix, fais des vers, et goûte de beaux jours ;Tandis que, sans argent, sans amis, sans secours,
Le Mogol est errant dans l’Inde ensanglantée,
Que d’orages nouveaux la Perse est agitée,
Qu’une pipe à la main, sur un large sofaMollement étendu , le pesant MoustaphaVoit le Russe entasser des victoires nouvellesDes rives de l’Araxe au bord des Dardanelles,
Et qu’un bacha du Caire à sa place est assis