ÉPÎTBES.
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Sur le trône où les chats régnaient avec Isis.
Nous autres cependant, au bout de l’hémisphère,Nous, des Welches grossiers postérité légère,Livrons-nous en riant, dans le sein des loisirs,
A nos frivolités que nous nommons plaisirs ;
Et puisse, en corrigeant trente ans d’extravagances vMonsieur l’abbé Terray rajuster nos finances 1 !
NOTES.
a Kien-Long, roi ou empereur de la Chine, actuellement régnant, acomposé, vers l’an 1743 de notre ère vulgaire, un poème en vers chinoiset en vers tartares. Ce n’est pas à beaucoup près son seul ouvrage. O 11vient de publier la traduction française de son poème.
Les Chinois et les Tartares ont le malheur de n’avoir pas, comme pres-que tous les autres peuples, un alphabet qui, à l’aide d’environ vingt-quatre caractères, puisse suflire à tout exprimer. Au lieu de lettres, lesChinois ont trois mille trois cent quatre-vingt-dix caractères primi-tifs, dont chacun exprime une idée. Ce caractère forme un mot, et ce mot,avec une petite marque additionnelle, en forme un autre. J’aime, gnao, sepeint par une ligure. J’ai aimé, j’aurais aimé, j’aimerai, demandentdes ligures un peu différentes, dont le caractère qui peint gnao est laraoine.
Cette mélliode a produit plus de quatre-vingt mille ligures qui com-posent la langue ; et à mesure qu’on fait de nouvelles découvertes dansla nature et dans les arts, elles exigent de nouveaux caractères pour lesexprimer. Toute la vie d’un Chinois lettré se consume donc dans le soinpénible d’apprendre à lire et à écrire.
Rien ne marque mieux la prodigieuse antiquité de cette nation, qui,ayant d’abord exprimé, comme toutes les autres, le petit nombre d’idéesabsolument nécessaire, par des lignes et par des figures symboliquespour chaque mot, a persévéré dans cette méthode antique, lors mêmequ’elle est devenue insupportable.
Ce n’est pas tout : les caraclères ont un peu changé avec le temps, etil y en a trente-deux espèces différentes. Les Tartares Mantcboux sesont trouvés accablés du même embarras; mais ils n’étaient point en-core parvenus à la gloire d’élre surchargés de trente-deux façons d’é-crire. L’empereur Kien-Long, qui est, comme on sait, de race tartarea voulu que ses compatriotes jouissent du même honneur que les Chi-nois. II a inventé lui-même des caractères nouveaux , aidé dans l’art demultiplier les difficultés par les princes de son sang, par un de ses frè-res, un de ses oncles, et les principaux colao de l’empire.
On s’est donné une peine incroyable, et il a fallu des années, pourfaire imprimer de soixante-quatre manières différentes son poème deMoukden, qui aurait été facilement imprimé en deux jours, si les Chi-nois avaient voulu se réduire à l’alphabet des autres nations.