NOTES.
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Le respect pour l’antique et pour le difficile se montre ici dans toutson faste et dans toute sa misère. Ou voit pourquoi les Chinois, quisont peut-être le premier des peuples policés pour la morale, sontle dernier dans les sciences, et que leur ignorance est égale à leurfierté.
Le poëme de l'empereur Rien-Long a plus d’un mérite, soit dans lesujet, qui est l’éloge de ses ancêtres , et où la piété filiale semble natu-relle; soit dans les descriptions, instructives pour nous , de la ville deMoukden,et des animaux, des plantes de cette vaste province; soitdans la clarté du style, perfection si rare parmi nous. 11 est encore àcroire que l’auteur parle purement : c’est un avantage qui manque aplus d’un de nos poètes.
Ce qui est surtout très remarquable, c’est le respect dont cet empereurparait être pénétré pour l’Être suprême. On doit peser ces paroles «à lapage 103 de la traduction : « Un tel pays , de tels hommes ne pouvaient« manquer d’attirer sur eux des regards de prédilection de la part du« souverain maître qui règne dans le plus haut des cieux. » Voilà biende quoi confondre à jamais tous ceux qui ont imprimé dans tant de li-vres que le gouvernement chinois est athée. Comment nos théologiensdétracteurs ont-ils pu accorder les sacrifices solennels avec l’athéisme?N’était-ce pas assez de se contredire continuellement dans leurs opinions ?fallait-il se contredire encore pour calomnier d’autres hommes au boutde l’hémisphère?
Il est triste que l’empereur Rien-Long, auteur d’ailleurs fort modeste',dise qu’il descend d’une vierge qui devint grosse par la faveur du ciel,après avoir mangé d’un fruit rouge. Cela fait un peu de tort à la sagessede l’empereur et à celle de son ouvrage. Il est vrai que c’est une anciennetradition de sa famille ; il est encore vrai qu’on en avait dit autant de lamère de Gengis.
Une chose qui fait plus d’honneur à Rien-Long, c’est l’extrême con-sidération qu’il montre pour l’agriculture, et son amour pour la fru-galité.
N’oublions pas que, tout originaire qu’il est de laTartarie, il rendhommage à l’antiquité incontestable de la nation chinoise. Il est bienloin de réver que les Chinois sont une colonie d’Égypte : les Égyptiens,dans le temps même de leurs hiéroglyphes, eurent un alphabet, et lesChinois n’en ont jamais eu ; les Égyptiens eurent douze signes du zodia-que empruntés mal à propos des Chaldéens, et les Chinois en eurenttoujours vingt-huit : tout est différent entre ces deux peuples. Le P. Pa-rennin réfuta pleinement cette imagination, il y a quelques années, dansses Lettres à M. de Mairan ( 1771 ).
b Ce passage n’a guère besoin de commentaire. On sait assez quellepeine la sagesse du roi très-chrétien et du ministère a eue à calmer toutesces querelles, aussi odieuses que ridicules. Elles ont été poussées jusqu’àrefuser la sépulture aux morts. Ces horribles extravagances sont certai-nement inconnues à la Chine, où nous avons pourtant eu la hardiessed’envoyer des missionnaires ( 1771 ).
c Probablement l’auteur donne l’épithète de sales aux imprimeurs,parce que leurs mains sont toujours noircies d’encre. Les Estienne etles Plantin étaient des imprimeurs très-savants et très-corrects, tels qu’ils’en trouve aujourd’hui rarement ( 1771 ).