Buch 
Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
Entstehung
Seite
322
JPEG-Download
 

322

ÉPÎTKES.

Sous laigle de Moscou sa force terrassée ,

Tous ces grands mouvements seraient-ils donc leffetDun obscur commentaire ou dun méchant sonnet ?

Non, lorsquaux factions un peuple entier se livre,

Quand nous nous égorgeons, ce nest pas pour un livre.

! quel mal après tout peut faire un pauvre auteur 1Ruiner son libraire, excéder son lecteur,

Faire siffler partout sa charlatanerie,

Ses creuses visions, sa folle théorie.

Un livre est-il mauvais , rien ne peut lexcuser ;

Est-il bon, tous les rois ne peuvent lécraser.

On le supprime à Rome, et dans Londre on ladmire,

Le pape le proscrit, lEurope le veut lire.

Un certain charlatan, qui sest mis en crédit,

Prétend quà son exemple on nait jamais desprit.

Tu ny parviendras pas , apostat dHippocrate ;

Tu guérirais plutôt les vapeurs de ma rate.

Va, cesse de vexer les vivants et les morts ;

Tyran de ma pensée, assassin de mon corps,

Tu peux bien empêcher tes malades de vivre,

Tu peux les tuer tous, mais non pas un bon livre.

Tu les brûles, Jérôme ; et de ces condamnésLa flamme, en méclairant, noircit ton vilain nez 1 .

Mais voilà , me dis-tu, des phrases malsonnantes,

Sentant son philosophe, au vrai même tendantes.

Eh bien, réfute-les ; nest-ce pas ton métier?

N a peux-tu comme moi barbouiller du papier ?

Lepublic à profit met toutes nos querelles ;

De nos cailloux frottés il sort des étincelles :

La lumière en peut naître ; et nos grands éruditsNe nous ont éclairés quen étant contredits.

Sifflez-moi librement, je vous le rends, mes frères.

Sans le droit dexamen, et sans les adversaires,

1 Van Swiéten, premier médecin de limpératrice-reine, qui sétaitfait inquisiteur de livres.