ÉPÎTRES.
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Tout languit comme à Rome, où depuis huit cents ans dLe tranquille esclavage écrasa les talents.
Tune veux pas, grand roi, dans ta juste indulgence,Que cette liberté dégénère en licence ;
Et c’est aussi le vœu de tous les gens sensés :
A conserver les mœurs ils sont intéressés ;
D’un écrivain pervers ils font toujours justice.
Tous ces libelles vains dictés par l’Avarice,
Enfants de l’Impudence, élevés chez Marteau »,
Y trouvent en naissant un éternel tombeau.
Que dans l’Europe entière on me montre un libelleQui ne soit pas couvert d’une honte étemelle,
Ou qu’un oubli profond ne retienne engloutiDans le fond du bourbier dont il était sorti.
On punit quelquefois et la plume et la langue,
D’un ligueur turbulent la dévote harangue,
D’un Guignard , d’un Bourgoin f , les horribles sermons,Au nom de Jésus-Christ prêehés par des démons.
Mais quoi ! si quelque main dans le sang s’est trempée,Vous est-il défendu de porter une épée ?
En coupables propos si l’on peut s’exhaler,
Doit-on faire une loi de ne jamais parler?
En cuistre en son taudis compose une satire,
En ai-je moins le droit de penser et d’écrire?
Qu’on punisse l’abus ; mais l’usage est permis.
De l’auguste raison les sombres ennemisSe plaignent quelquefois de l’inventeur utileQui fondit en métal un alphabet mobile,
L’arrangea sous la presse, et sut multiplierTout ce que notre esprit peut transmettre au papier.
« Cet art, disait Boyer s, a troublé des familles,
H a trop raffiné les garçons et les filles. »
■le le veux ; mais aussi quels biens n’a-t-il pas faits ?
Tout peuple, excepté Rome, a senti ses bienfaits.