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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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32)

ÉpÎTKES.

Avant quun Allemand trouvât l'imprimerie,

Dans quel cloaque affreux barbotait ma patrie !

Quel opprobre, grand Dieu! quand un peuple indigentCourait à Rome, à pied , porter son peu dargent,

Et revenait, content de la sainte Madone,

Chantant sa litanie, et demandant laumône !

Du temple au lit dhymen un jeune époux conduit' 1Payait au sacristain pour sa première nuit.

Un testateur', mourant sans léguer à saint Pierre,

Ne pouvait obtenir lhonneur du cimetière.

Enfin tout un royaume, interdit et damné),

Au premier occupant restait abandonné,

Quand, du pape et de Dieu sattirant la colère,

I .e roi, sans payer Rome, épousait sa commère 1 .

Rois ! qui brisa les fers dont vous étiez chargés ?

Qui put vous affranchir de vos vieux préjugés?

Quelle main, favorable à vos grandeurs suprêmes,

A du triple bandeau vengé cent diadèmes?

Qui, du fond de son puits tirant la Vérité,

A su donner une âme au public hébété ?

Les livres ont tout fait ; et, quoi quon puisse dire,

Rois, vous navez régné que lorsquon a su lire.

Soyez reconnaissants, aimez les bons auteurs :

II ne faut pas du moins vexer vos bienfaiteurs.

Et comptez-vous pour rien les plaisirs quils vous donnent,Plaisirs purs que jamais les remords nempoisonnent ?

Les pleurs de Melpomène et les ris de sa sœurJVonl-ils jamais guéri votre mauvaise humeur ?

Souvent un roi s'ennuie; il se fait lire à tableDe Charle ou de Louis lhistoire véritable.

Si lauteur fut gêné par un censeur bigot,

Ne décidez-vous pas que lauteur est un sot ?

Il faut quil soit à laise ; il faut que laigle altière

() Robert, roi de France, épousa sa cousine, veuve dEudes, comte deChartres et de Blois ; il avait tenu sur les fonds de baptême un des en-fants île cette princesse. Note de M. Beuchot.