Buch 
Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
Entstehung
Seite
325
JPEG-Download
 

ÉPÎTKES.

325

Des airs à son plaisir franchisse la carrière.

Je ne plains point un bœuf au joug accoutumé ;

Cest pour baisser son cou que le ciel la formé.

Au cheval qui vous porte un mors est nécessaire.

Un moine est de ses fers esclave volontaire.

Mais au mortel qui pense on doit la liberté.

Des neuf savantes Sœurs le Parnasse habitéSerait-il un couvent sous une mère abbesse,

Quun évêque bénit, et quun Grisel confesse?

On ne leur dit jamais : « Gardez-vous bien , ma sœur,De vous mettre à penser sans votre directeur ;

Et quand vous écrirez sur lAlmanach de Liège ,

Ne parlez des saisons quavec un privilège. »

Que dirait Uranie à ces plaisants propos ?

Le Parnasse ne veut ni tyrans ni bigots :

Cest une république étemelle et suprême,

Qui nadmet dautre loi que la loi de Théléme k ,

Elle est plus libre encor que le vaillant Bernois,

Le noble de Venise, et lesprit genevois ;

Du bout du monde à lautre elle étend son empire ;Parmi ses citoyens chacun voudrait sinscrire.

Chez nos Sœurs, ô grand roi! le droit dégalité,

Ridicule à la cour, est toujours respecté.

Mais leur gouvernement, à tant dautres contraire,Ressemble encore au tien, puisquà tous il sait plaire.

NOTES.

a Le chapitre quinzième (lu roman moral de Bélisaire passe en généralPour un des meilleurs morceaux de littérature, de philosophie, et devraie piété, qui aient jamais été écrits dans la langue française. Son suc-cès universel irrita un principal de collège, docteur de Sorbonne, nomméRibalier, qui, avec un autre régent de collège, nommé Coger, soulevaune grande partie de la Sorbonne contre M. Marmontel, auteur de cetouvrage. Les docteurs cherchèrent pendant six mois entiers des propo-sitions malsonnantes, téméraires, sentant lhérésie. Il fallut bien quilsen trouvassent. On en trouverait dans le Pater noster, en transposantun mot, et en abusant dun autre.

VOLTAIRE. 28