ÉPÎTKES.
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Des airs à son plaisir franchisse la carrière.
Je ne plains point un bœuf au joug accoutumé ;
C’est pour baisser son cou que le ciel l’a formé.
Au cheval qui vous porte un mors est nécessaire.
Un moine est de ses fers esclave volontaire.
Mais au mortel qui pense on doit la liberté.
Des neuf savantes Sœurs le Parnasse habitéSerait-il un couvent sous une mère abbesse,
Qu’un évêque bénit, et qu’un Grisel confesse?
On ne leur dit jamais : « Gardez-vous bien , ma sœur,De vous mettre à penser sans votre directeur ;
Et quand vous écrirez sur l’Almanach de Liège ,
Ne parlez des saisons qu’avec un privilège. »
Que dirait Uranie à ces plaisants propos ?
Le Parnasse ne veut ni tyrans ni bigots :
C’est une république étemelle et suprême,
Qui n’admet d’autre loi que la loi de Théléme k ,
Elle est plus libre encor que le vaillant Bernois,
Le noble de Venise, et l’esprit genevois ;
Du bout du monde à l’autre elle étend son empire ;Parmi ses citoyens chacun voudrait s’inscrire.
Chez nos Sœurs, ô grand roi! le droit d’égalité,
Ridicule à la cour, est toujours respecté.
Mais leur gouvernement, à tant d’autres contraire,Ressemble encore au tien, puisqu’à tous il sait plaire.
NOTES.
a Le chapitre quinzième (lu roman moral de Bélisaire passe en généralPour un des meilleurs morceaux de littérature, de philosophie, et devraie piété, qui aient jamais été écrits dans la langue française. Son suc-cès universel irrita un principal de collège, docteur de Sorbonne, nomméRibalier, qui, avec un autre régent de collège, nommé Coger, soulevaune grande partie de la Sorbonne contre M. Marmontel, auteur de cetouvrage. Les docteurs cherchèrent pendant six mois entiers des propo-sitions malsonnantes, téméraires, sentant l’hérésie. Il fallut bien qu’ilsen trouvassent. On en trouverait dans le Pater noster, en transposantun mot, et en abusant d’un autre.
VOLTAIRE. 28