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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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ÉPÎTBES.

Transportés dans les murs embellis par la Seine :

Un peuple aimable et vain, que son plaisir entraîne,Impétueux, léger, et surtout inconstant,

Qui vole au moindre bruit, et qui tourne à tout vent,

Y juge les guerriers, les ministres, les princes,

Rit des calamités dont pleurent les provinces,

Clabaude le matin contre un édit du roi,

Le soir sen va siffler quelque moderne, ou moi,

Et regrette à souper, dans ses turlupinades,

Les divertissements du jour des barricades.

Voilà donc ce Paris ! voilà ces connaisseursDont on veut captiver les suffrages trompeurs !

Hélas! au bord de lInde autrefois AlexandreDisait, sur les débris de cent villes en cendre :

« Ah ! quil men a coûté quand jétais si jaloux,

Railleurs Athéniens, dêtre loué par vous ! »

Ton esprit, je le sais, ta profonde sagesse,

Ta mâle probité na point cette faiblesse.

A déternels travaux tu tétais dévouéPour servir ton pays, non pour être loué.

Caton, dans tous les temps gardant son caractère,

Mourut pour les Romains sans prétendre à leur plaire.

La sublime vertu na point de vanité.

Cest dans lart dangereux par Phébus inventé,

Dans le grand art des vers et dans celui dOrphée,

Que du désir de plaire une muse échaufféeDu vent de la louange excite son ardeur.

Le plus plat écrivain croit plaire à son lecteur.

Lamour-propre a dicté sermons et comédies.

Léloquent Montazet 1 , gourmandant les impies,

1 Larchevêque de Lyon venait de publier une instruction pastoralecontre linorédulité : les incrédules en dirent beaucoup de bien, parcequil ny avait aucune de ces injures quun evéque qui a du goût ne doitjamais se permettre, et que dailleurs il ny assurait pas que tout magis-trat qui ne brûle pas les philosophes de leur vivant est éternellement brûléaprès sa mort : ce que la Sorbonne et les évêques de séminaire ne man-quent jamais de dire dans leurs libelles sacrés. K.