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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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VOYAGE A BERLIN.

301 )

Un autre monument antique, cest le reste dun grand chemin pavé,construit par les Romains, qui allait à Francfort, à Vienne, et à Cons-tantinople. Le Saint-Empire, dévolu à lAllemagne, est un peu déchude sa magnificence; on sembourbe aujourdhui en été dans laugusteGermanie. De toutes les nalions modernes, la France et le polit paysdes üelges sont les seuls qui aient des chemins dignes de lantiquité.Nous pouvons surtout nous vanter de passer les anciens Romains encabarets, et il y a encore certains points dans lesquels nous les valonsbien ; mais enfin, pour les monuments durables, utiles, magnifiques,quel peuple approche deux? quel monarque fait dans son royaume cequun proconsul fesait dans Nîmes et dans Arles ?

Parfaits dans le petit, sublimes en bijoux,

Clrands inventeurs de riens, nous fesons des jaloux.

Elevons nos esprits à la hauteur suprêmeDes tiers enfants de Bormilus :

Ils fesaient plus cent fois pour des peuples vaincusQue nous ne fesons pour nous-même.

Enfin, malgré la beauté de la situation de Clèves, malgré le chemindes Romains; en dépit dune tour quon prétend bâtie par Jules Cé-sar, ou au moins par Germanicus; en dépit des inscriptions dunevingt-sixième légion qui était ici en quartier d'hiver ; en dépit des bel-les allées plantées par le prince Maurice, et de son grand tombeau defer ; en dépit enfin des eaux minérales découvertes ici depuis peu, ilny a guère daffluence à Clèves. Les eaux y sont cependant aussi bon-nes que celles de Spa et de Forges, et on ne peut avaler de petits atomesde fer dans un plus beau lieu. Mais il ne suffit pas, comme vous sa-vez, davoir du mérite pour avoir la vogue : lutile et lagréable sontici ; mais ce séjour délicieux nest fréquenté que par quelques Hollan-dais (pie le voisinage et le bas prix des vivres et des maisons y atti-rent , et qui viennent admirer et boire.

Jy ai retrouvé avec une très grande satisfaction un célèbre poètehollandais qui nous a fait lhonneur de traduire élégamment en ba-tave, et même vers pour vers , nos tragédies bonnes ou mauvaises.Peut-être un jour viendra que nous serons réduits à traduire les tra-gédies dAmsterdam : chaque peuple a son tour.

Les dames romaines qui allaient lorgner leurs amants au théâtre dePompée ne se doutaient pas quun jour au milieu des Gaules, dans unpetit bourg nommé Lutèce, on ferait de meilleures pièces de théâtrequà Rome.

Lordre du roi pour les relais vient enfin de me parvenir : voilà mon