VOYAGE A BERLIN.
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Un autre monument antique, c’est le reste d’un grand chemin pavé,construit par les Romains, qui allait à Francfort, à Vienne, et à Cons-tantinople. Le Saint-Empire, dévolu à l’Allemagne, est un peu déchude sa magnificence; on s’embourbe aujourd’hui en été dans l’augusteGermanie. De toutes les nalions modernes, la France et le polit paysdes üelges sont les seuls qui aient des chemins dignes de l’antiquité.Nous pouvons surtout nous vanter de passer les anciens Romains encabarets, et il y a encore certains points dans lesquels nous les valonsbien ; mais enfin, pour les monuments durables, utiles, magnifiques,quel peuple approche d’eux? quel monarque fait dans son royaume cequ’un proconsul fesait dans Nîmes et dans Arles ?
Parfaits dans le petit, sublimes en bijoux,
Clrands inventeurs de riens, nous fesons des jaloux.
Elevons nos esprits à la hauteur suprêmeDes tiers enfants de Bormilus :
Ils fesaient plus cent fois pour des peuples vaincusQue nous ne fesons pour nous-même.
Enfin, malgré la beauté de la situation de Clèves, malgré le chemindes Romains; en dépit d’une tour qu’on prétend bâtie par Jules Cé-sar, ou au moins par Germanicus; en dépit des inscriptions d’unevingt-sixième légion qui était ici en quartier d'hiver ; en dépit des bel-les allées plantées par le prince Maurice, et de son grand tombeau defer ; en dépit enfin des eaux minérales découvertes ici depuis peu, iln’y a guère d’affluence à Clèves. Les eaux y sont cependant aussi bon-nes que celles de Spa et de Forges, et on ne peut avaler de petits atomesde fer dans un plus beau lieu. Mais il ne suffit pas, comme vous sa-vez, d’avoir du mérite pour avoir la vogue : l’utile et l’agréable sontici ; mais ce séjour délicieux n’est fréquenté que par quelques Hollan-dais (pie le voisinage et le bas prix des vivres et des maisons y atti-rent , et qui viennent admirer et boire.
J’y ai retrouvé avec une très grande satisfaction un célèbre poètehollandais qui nous a fait l’honneur de traduire élégamment en ba-tave, et même vers pour vers , nos tragédies bonnes ou mauvaises.Peut-être un jour viendra que nous serons réduits à traduire les tra-gédies d’Amsterdam : chaque peuple a son tour.
Les dames romaines qui allaient lorgner leurs amants au théâtre dePompée ne se doutaient pas qu’un jour au milieu des Gaules, dans unpetit bourg nommé Lutèce, on ferait de meilleures pièces de théâtrequ’à Rome.
L’ordre du roi pour les relais vient enfin de me parvenir : voilà mon