ODES.
Les arts, les vertus périssent,
On assassine les rois ;
Tandis que Ton ose encore,
Dans ce siècle que j’abhorre,
Parler de mœurs et de lois !
Hélas ! qui désormais dans une cour paisibleRetiendra sagement la Superstition,
Le sanglant Fanatisme, et l’Athéisme horrible,Enchaînés sous les pieds de la Religion?
Qui prendra pour son modèle
La loi pure et naturelle
Que Dieu grava dans nos cœurs ?
Loi sainte, aujourd’hui proscritePar la fureur hypocriteD’ignorants persécuteurs !
Des tranquilles hauteurs de la philosophieTa pitié contemplait avec des yeux sereinsCes fantômes changeants du songe de la vie,
Tant de travaux détruits, tant de projets si vains ;
Ces factions indociles
Qui tourmentent dans nos villes
Nos citoyens obstinés ;
Ces intrigues si cruelles
Qui font des cours les plus belles
Un séjour d’infortunés.
Lu temps qui fuit toujours tu fis toujours usage :
O combien tu plaignais l’infâme oisiveté
De ces esprits sans goilt, sans force, et sans courage,
Qui meurent pleins de jours, et n’ont point existé !
La vie est dans la pensée :
Si l’âme n’est exercée,
Tout son pouvoir se détruit ;
Ce flambeau sans nourritureN’a qu’une lueur obscure,
Plus affreuse que la nuit.