Buch 
Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
Entstehung
Seite
486
JPEG-Download
 

48G

TRADUCTIONS

FRAGMENT

DU VINGT-QUATRIÈME LIVRE DE LiLIADE.

Lhorizon se couvrait des ombres de la nuit ;

Linfortuné Priam, quun dieu même a conduit,

Entre, et paraît soudain dans la tente dAchille.

Le meurtrier dHector, en ce moment tranquille,

Par un léger repos suspendait ses douleurs.

Il se détourne : il voit ce front baigné de pleurs,

Ce roi jadis heureux , ce vieillard vénérable,

Que le fardeau des ans et la douleur accable,

Exhalant à ses pieds ses sanglots et ses cris,

Et lui baisant la main qui fit périr son fds.

Il nosait sur Achille encor jeter la vue ;

Il voulait lui parler, et sa voix est perdue.

Enfin il le regarde, et, parmi ses sanglots,

Tremblant, pâle, et sans force, il prononce ces mots :

« Songez, seigneur, songez que vous avez un père... »

Il ne put achever. Le héros sanguinaireSentit que la pitié pénétrait dans son cœur.

Priam lui prend les mains. « Ah, prince! ah, mon vainqueur

Jétais père dHector ! et ses généreux frères

Flattaient mes derniers jours et les rendaient prospères...

Ils ne sont plus... Hector est tombé sous vos coups...

Puisse lheureux Pélée, entre Thétis et vous,

Prolonger de ses ans léclatante carrière !

Le seul nom de son fils remplit la terre entière;

Ce nom fait son bonheur ainsi que son appui :

Vos honneurs sont les siens, vos lauriers sont à lui.

Hélas ! tout mon honneur et toute mon attenteEst de voir de mon fils la dépouille sanglante ;

De racheter de vous ces restes mutilés,

Traînés devant mes yeux sous nos murs désolés.

Voilà le seul espoir, le seul bien qui me reste :