en peu d’espace, il devait viser à une extrême concisiondans tout ce qu’il disait. Mais de Là résultait une grandeobscurité: brevis esse laboro, obscurus fio ; et ce qui estobscur est toujours long, relativement au temps qu’ondoit employer pour le comprendre.
S’opiniâtrant de plus en plus dans cette route malheu-reuse, Boiste a remanié son travail pendant quarante an-nées; et peut-être, par suite de toutes ces interpolationset additions successives, l’avait-il rendu, dans les éditionsmoyennes, inférieur à ce qu’il était primitivement. Cequ’il y a de certain , c’est qu’à l’époque où M. Nodiervoulut bien ajouter ses observations à une huitième édi-tion du,Boist-e, époque où larévision entière de ce lexiqueme fut aussi confiée, la septième édition, sur laquelle jedus travailler, m’apparut comme un dédale inextricable.Les fautes de copie et d’impression, entassées les unes surles autres pendant plusieurs éditions successives, posté-rieures à la mort de l’auteur, ne contribuaient pas peu à aug-menter l’obscurité du texte. Nous parvînmes cependant àl’éclaircir et à l’améliorer considérablement; et une secondeépuration que je fis pour une neuvième édition semblaitavoir amené cet ouvrage à un degré satisfaisant de nettetéet d’exactitude. Pour l’appréciation de ce double travail,je suis forcé de renvoyer à l’excellente préface que monsavant collaborateur a mise en tête de la huitième édi-tion , ainsi qu’à un petit nombre de lignes que j’ai écritespour la neuvième. Pendant que je travaillais au Complé-ment du Dictionnaire de.l’Acadéinie, j’ai eu l’occasion depasser en revue tous les lexiques français, et particuliè-rement celui de Boiste, et il m’a été facile d’apercevoirce qui manquait encore à ce grand ouvrage. Mais, telqu’il est, il l’emporte encore de beaucoup sur ceux dontil me reste à parler.
Deux lexicographes ont tenté, dans ces dernières an-nées, de prendre la place de Boiste. Je regrette d’avoir àm’exprimer sévèrement sur des essais que je voudraispouvoir encourager dans l’intérêt de la science philologi-que, que je devrais peut-être au moins ménager pour nepas être accusé d’un esprit de rivalité mesquine. Mais,conduit à cet examen par le sujet que j’ai embrassé, jedois toute la vérité à mes lecteurs, dût-elle m’exposer àdes reproches injustes de la part de quelques - uns. Legra nd Dictionnaire (le M. Raymond et son Supplément deT Académie sont réellement au-dessous de toute critiquesérieuse. L’auteur semble n’avoir eu d’autre but, dansces deux ouvrages, que de multiplier les articles et lespages; et pour y arriver, il a pris des mots à toutes lessources, il a recueilli les fautes de transcription et d’impres-sion des ouvrages les plus défectueux, il a même créédes formes qui ne peuvent se trouver nulle part. Jen’oserais exprimer par un chiffre la quantité énormede mots estropiés, en dépit de toute étymologie et de touteanalogie, que l’on rencontre dans cet ouvrage; et quantaux définitions, je n’oserais dire combien de fois le Piréey est pris pour un homme, et combien d’hommes y sontpris pour le Pirée. En parcourant, à la hâte les trois pre-
mières lettres, j’y trouve déjà plus d’un millier de fautesde la force de celles dont je vais présenter le tableaupour le commencement de la lettre A :
JI. RAYMOND.
Abbassides. Descendants d’ A -bassus, roi d’Arabie.
Abnf.t. Espèce d’écharpe queportait le grand prêtre chez lesanciens.
Acange. Compagnie de hus-sards turcs; aventurier turc, quicherche fortune.
Acaphractaire.. Soldat qui por-tait une hallebarde, dans l’an-cienne Rome.
Accbochirisme.
Aceyte de sal. Liqueur re-tirée du sel d’Antioque, provinced’Amérique, qui a une combi-naison de chlore et d’iode quecertains médecins emploient con-tre le goitre.
Ac.hilléion. Sorte d’épongepropre à faire des tentes : ce nomvient de celui d’Achille que l’onprétend s’en être servi le pre-mier.
Ackims ou Ackins. Médecinsou philosophes indiens.
Ackostèkks.
Acrothoïtes. Secte d’athéesqui furent engloutis dans le seinde la terre, parce qu'ils necroyaient pas aux dieux.
Acrotophore, Acrétoposje ,Acrétopote.
OBSERVATIONS.
Tout le monde sait que lesAbbassides sont les descendantsd’Abbas, oncle de Mahomet, quece sont des khaliphes et non desrois, etc. Voy. l’article Khai.iphedu Compl.
C’est abanet, ceinture-de linque portaient les grands prêtresjuifs, et non romains ou grecs.
Il n’y a de hussards que chezles Hongrois ou les peuples quiont imité cette milice des Hon-grois ; et tous les aventuriers,turcs ou autres, sont des gensqui cherchent fortune.
Sans doute pour cataphraclaircou au moins acataphractaire : cedernier serait un soldat sans ar-mure défensive, mais aussi sanshallebarde, parce que lesRomainsne connaissaient pas cette armedu moyen âge. Voy . Cataphracteau Compl.
C’est acrochirisme (dtxpoç, soin -met; yùp, main' que M. Raymondécrit par deux C, sans doute parcequ’il le fait venir d'accrocher.
Article inintelligible et incor-rect ; mot inconnu.
Ne semblerait - il pas, d’a-près la rédaction de cet arti-cle, qu’Achille, fils de Pélée,couvrait avec des éponges sestentes, ses pavillons, ce qui de-vait être peu commode en tempsde pluie ? Ce n’est point cola ; ils’agit de tentes, espèces de pin-ceaux, de petits rouleaux que l’onfait aujourd’hui avec de la char-pie, pour les introduire dans lesplaies; et qu’Achille, instruit parChiron dans l’art de la chirurgie,composait, dit-on, de certainesépongés fort molles, appelées deson nom àytXÀcioi ciroyyoï.
C’est haldm, mot arabe et nonpas indien, qui,veut dire docteurou médecin.
Barbarisme, pour acrotèresVoy. au Dict. et au Compl.
Tous les athées sont égalementincrédules; il y a là quelque mé-prisé indéchiffrable. Voy. Acro-tisjie au Compl.
Pour acrato-, dans les trois mots.Le dernier barbarisme est attri-bue faussement à Boiste.