I [\*1 INTRODUCTION.
sait trop les idées de domination de la cour deRome pour qu’elle n’en accueillît pas le projetavec chaleur. D’ailleurs, quelle admirable faci-lité cette guerre n’offrait-elle pas pour écarterde l’Europe, ou pour affaiblir des souverainsdont l’ambition, le caractère, les moyens dé-rangeaient les vues ambitieuses de la cour deborne! La Palestine fut un lieu d’exil, volon-taire pour les uns, forcé pour les autres, oùpassèrent successivement Conrad III, Louis VIIdit le Jeune, Philippe-Auguste , Richard-Cœur-de-Lion , et les deux Frédérics, dont les rarestalents et la puissance étendue menaçaient d’é-branler le Saint-Siège. Le clergé de toute l’Eu-rope, par politique, par fanatisme , ou par l’effetd’une soumission aveugle aux volontés de Rome,partageait le zèle des papes pour les croisades,et soutenait de tout son crédit cette entreprisenouvelle qui devait augmenter sa puissance. Lesrois étaient charmés d’éloigner des vassaux bel-liqueux et turbulents; leur absence seule étaitun grand bien; leur mort pouvait faire retomberdes terres à la couronne ; le désir qu’ils avaientde paraître avec éclat à la guerre, les engageaità vendre leurs domaines, et, dans leur précipi-tation, ils les vendaient à vil prix. D’autres sou-verains étaient eux-mêmes entraînés à cette