356 PARTIE I. — PÉRIODE II.
imagination, 11e voyait que le moment : Charlesembrassait d’un coup-d’œil un vaste ensemble ;il enchaînait l’avenir au présent, et subordonnaitles détails à des vues générales. François étaitgrand dans le malheur, et déployait de la vi-gueur dans les circonstances critiques : Charlesmettait tout son art à les prévenir, et conservaitensuite, dans les situations les plus difficiles,toute sa présence d’esurit. Le plaisir faisait toutoublier à François, et la gaieté le consolait de tout :Charles n’était pas ennemi de la volupté, maisil y mettait de la mesure, comme dans tous sesgoûts et dans toutes ses actions ; plutôt calmeet serein que gai, la réflexion le faisait inclinerà la gravité. L’un était sensible et léger, géné-reux et imprudent, plus touché de la gloireque de la puissance : l’autre donnait tout à laraison et soumettait tout au calcul ; il pensaitavec justesse, même avec profondeur, mais ilétait tout-à-fait étranger aux élans de la sensi-bilité ; il 11e voyait qu’une chose, le succès ; il11e connaissait qu’une passion, la soif du pou-voir. On admirait la tête de Charles; on aimaitle coeur de François : le second avait une belleame; le premier, un esprit supérieur.
Tels étaient les deux rivaux qui, pendanttrente ans, occupèrent l’Europe de leurs san-