34 PARTIE II. - PÉRIODE II.
gance ; Balzac avait créé la prose française eny introduisant le nombre et l’harmonie; Cor-neille avait enfanté le Cid ; mais ces exemplesétaient des exceptions à l’esprit dominant du siè-cle ; la philologie était sur le trône de l’opinion.
Christine fut bientôt entourée d’érudits profonds à qui l’on 11e saurait disputer le premierrang dans leur genre, mais qui n’avaient pasl’art de présenter la science sous des formesagréables, et qui la recommandaient peu à lacour par leur extérieur, leurs manières, leurlangage. Bochart, Saumaise, Vossius, Meimbom,• Naudé, étaient des hommes d’un savoir immense,mais qui n’avaient pas sacrifié aux grâces, etdont la conversation, plus instructive qu’inté-ressante , devait souvent fatiguer Christine. Cetteprincesse avait trop d’esprit pour ne pas s’aper-cevoir des défauts de celui de ses doctes insti-tuteurs, et le malin Bourdelot, que Saumaiselui-même avait recommandé, versait le ridiculeà pleines mains sur lui et sur ses confrères. Ce-pendant, au milieu de tous ces érudits, dont laplupart n’étaient que laborieux et patients,Christine eut à sa cour deux hommes de génie,Grotius et Descartes. Mais le premier, qui écri-vit l’histoire de son pays dans les principes d’unvrai citoyen et avec l’énergique concision de Ta-