CHAPITRE XXII.
22 I
nature ne reproduise cette singulière combinai-son. Chez tous les autres écrivains on peut dis-tinguer l’homme de son talent, l’écrrvain de sonouvrage; chez La Fontaine la chose est impos-sible ; l’homme tout entier se trouve dans cha-cune de ses fables, et c’est là ce qui en fait lecharme; chacune d’elles est une empreinte pré-cieuse de sa physionomie, physionomie originaleet vraiment unique; et si l’on avait pu pénétrerdans les secrets de son génie, et prendre, commedisait Fontenelle, son ame sur le fait, on auraitvu que les fables naissaient d’elles-mèmes dansson cerveau, et on en serait revenu au jolimot de madame de La Sablière : c’est un fablier.
C’est dans la poésie dramatique que la Francea atteint, sous le règne de Louis XIV, le plushaut degré de perfection. Les troubles politiquesqui avaient fait paraître de grands caractères,l’influence de la littérature espagnole, qui sedistinguait par un ton élevé, mais dont l’éléva-tion dégénérait quelquefois en enflure, et l’étudede l’histoire romaine, qui attirait Corneille parune affinité secrète avec le ton naturel de sonesprit, expliquent les défauts et les beautés dece grand homme, que le règne de Louis XIIIrevendique à juste titre. Il avait régné sur lascène par l’étonnement et l’admiration qu’inspi-
mort en
1684-