222 PARTIE II. - PÉRIODE III.
rent ses personnages; c’était le grand ressortqu’il faisait jouer, et l’effet naturel que devaientproduire son style mâle et dur, ses dessins fiers ethardis, ses pensées profondes et ses sentimentsi6oo su ^‘ mes - Racine vint lui disputer la palme dugénie, et il ne peut pas disputer à Racine le mé-rite de la perfection. Les ouvrages de ce derniersont dans la poésie ce que l’Apollon et la Vénussont dans la sculpture, éminemment beaux. Ja-mais homme ne reçut de la nature un cœur plussensible et plus passionné; il puisait en lui-mèinela marche et le langage de tous les sentimentset de toutes les passions, ou plutôt son imagina-tion le mettant à la place de tous les personnagesqu’il met en scène, il s’identifiait avec eux ; il étaittour à tour Phèdre, Andromaque, Achille, Aga-memnou, Athalie ; il s’oubliait lui-mème, et se faitoublier de ses lecteurs; on ne voit que ses héros.Nourri de la lecture des anciens, élevé à l’écolede Port-Royal, qui était celle de la piété, de laraison et du bon goût; sensible à l’amour, etconnaissant par expérience toutes ses agitationset toutes ses délicatesses ; placé dans un siècle oùles grandes passions n’étaient ni un scandale niun ridicule, et où l’esprit de la chevalerie s’an-noncait encore par le respect que l’on avait pourles femmes; rapproché d’une cour où tout devait