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pris, le soir même, dans un bourg fortifié ; à Cannesles Romains ne s’étaient portés sur ce terrain qu’encou-ragés par l’existence de la citadelle de cette place, laville ayant été ruinée, mais elle trompa leurs espérances,et Annibal détruisit l’armée forte de 90,000 hommes,puis enleva le lendemain les 18,000 hommes restés dansles deux camps retranchés romains. Si Rome fortifiéefut sauvée après cette défaite, il faut dire avec Maliarbal,lieutenant du général carthaginois : « O Annibal, tu saisvaincre; mais tu ne sais pas profiter de la victoire. » Cefut aussi l’opinion de Napoléon. Un hasard , seul, sauvaencore la capitale pendant le siège de Capoue, quandAnnibal se présenta sous ses murailles.
Mais il semble qu’Annibal aspire à la royauté ; il adétaché de l’alliance romaine une grande partie des ré-publiques de l’Italie méridionale ; chaque nation confé-dérée ayant sa capitale fortifiée , il veut les protéger ;alors il entreprend contre Marcellus et les autres géné-raux romains , une guerre de places fortes. Tite-Liveremarque que dans une seule année il perdit, en garni-sons prises , plus de 25,000 hommes de ses meilleurestroupes. Bientôt il ne lui resta plus que des soldatsgaulois et italiens ; ce fut de ce moment que son étoilecommença à pâlir et non pas à cause des prétendues dé-lices de Capoue, dans laquelle il ne fit jamais entrer sonarmée. Il la tint au contraire constamment au camp re-tranché sur les hauteurs de Tifates, en face du camp ro-main de Suessula établi sur les hauteurs de Terracine ,couvertes par les marais Pontins. Quoi qu’il en soit, ilfaut savoir reconnaître la cause et le moment qui amenaun si grand changement de fortune ; et celui-là qui,jusqu’alors , avait triomphé avec le système de n’avoirqu’une seule place de dépôt, évitant la multiplicité despoints vulnérables, s’abandonnant enfin à la prodigalité