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DISCOURS
§• V.
Inductions honorables pour Machiavel, tirées des époques diversesoù le Livre du Prince eut des détracteurs et des apologistes, commeaussi de la qualité bien différente des hommes qui le décrièrentet de ceux qui en firent P éloge.
Il suffiroit de bien méditer l’ensemble des leçons que Machiavela données à tous les Princes quelconques, en la personne de Laurentde Médicis, pour soupçonner que ceux de notre siècle ne purentêtre détournés de les lire que par des factieux auxquels il importoitde soustraire à leur connoissance les vrais moyens de se prémunircontre tout complot anti-monarchique. Mais ce soupçon se con-vertit en certitude, quand l’on examine en détail les époquesdifférentes où le Livre du Prince fut décrié, et celles où l’on enfît de pompeuses apologies;' comme encore lorsqu’on étudie àfond les hommes qui le décrièrent, et ceux qui se déclarèrent sesapologistes.
Nous ne nous arrêterons pas aux écrivains ecclésiastiques de lacour de Rome, qui attaquèrent les ouvrages de Machiavel, parcequ’ils eurent tous des motifs particuliers et même personnels, quedéjà nous avons fait comprendre en partie. Le premier fut ce cardinalRaymond Polus, dont la famille avoit été persécutée et la tête miseà prix par le roi d’Angleterre Henri VIII ; mais il accusa simple-ment notre auteur d’avoir trop favorisé par ses écrits la politiquede ce Monarque (1). Cette accusation, consignée en peu de termes
(i) Il en a étC fait, en 1744 , à Brescia , une nouvelle édition sous ce titre :J put agi a ad Carolum V Casarem , super librum de Unitate Ecclesite. (Brixiœ.)On verra dans !’ Appendice historique dont sera suivi ce discours , à quoi sereduisoient les reproches que le cardinal l’olus faisoit à Machiavel.