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la laisses enlever par la force, au lieu de te la laisserravir par la peur de la force (i). Quand tu la cèdespar peur, ce n’est que pour t’épargner une guerre ;et, le plus souvent, tu ne l’évites point. Celui à quitu auras , par une lâcheté visible , accordé ce qu’ilvoulait, n’en restera pas-là. Il voudra t’enlever d'au-tres choses ; et il s’enflammera d’autant plus contretoi, qu’il t’estimera moins à cause de ta précédentelâcheté , et que d’ailleurs tu ne pourras que trouverrefroidis tes défenseurs , pour la raison que tu leursembleras lâche ou faible. Mais si, ayant prompte-ment découvert les intentions de ton ennemi, tu pré-pares à l’instant tes forces contre lui ; il commence àt’estimer, lors-même qu’elles seraient inférieures auxsiennes; et les autresPrinces du voisinage sentent alorsaugmenter leur considération pour toi ( 2 ). Tel d’entreeux qui , si tu t’abandonnais toi-même , ne t’aideraitjamais, prend envie de t’aider aussitôt qu’il te voitcourir aux armes. Ceci se rapporte au cas où tu au-rais des ennemis à combattre : si tu n’eu avais plus,tu ferais toujours prudemment de rendre à quelqu'unde ceux qui l’auraient été, ce que tu posséderais encoredes choses qui lui appartiennent (3) ; et, cette resti-tution propre à te le gagner, tu devrais la lui faire ,
(1) Ce n’était point cliez moi la peur de la force d’autrui, maisl’espoir d’un recouvrement prochain de ma propre force enentier. E.
(2) Vérités communes et triviales. R. I.
(5) Moyen de faiblese. R. I.