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vida, n’en a pas satisfaction, il s’en "vengera d’unemanière toujours funeste pour l’Etat. Si cela arrivaitdans une république , la vengeance de l’offensé ten-drait à la ruiner (i) ; et si cette impunité a lieu sousun Prince, et que l’offensé ait quelque honneur , ilne sera jamais tranquille jusqu à ce qu’il se soitvengé sur le Prince lui-même, dût-il trouver sonpropre malheur dans l’acte de sa vengeance ( 2 ).
Nous ne saurions rappeler un exemple plus frap-pant de cette vérité que ce qui arriva à Philippe deMacédoine, père du grand Alexandre. Il avait danssa cour le jeune Pausanias, aussi noble qu’il était beau.Attale, un des premiers courtisans de Philippe,ayant conçu une passion infâme pour ce jeune homme,et ayant vainement essayé de le faire consentir auxdésirs de sa brutalité, conçut le dessein d’obtenir, parfourberie et par violence, ce qu’il savait ne pouvoirobtenir autrement. Pour cet effet, il invita Pausanias,avec plusieurs autres nobles barons, à un grand festin ;et après y avoir réduit ceux-ci à l’abrutissement del’intempérance, par l’abondance des vins et des mets,il fit enlever Pausanias, que par ses ordres , on con-duisit dans un endroit écarté, où non content de Je
(1) La vengeance de Charlotte Corday pouvait avoir ceteffet. G.
(2) Je dois aussi compter beaucoup sur l’effet de ces ressenti-ments partiels de la part des miens qu’on n’a su qu’offenser, sanssavoir les mettre hors d’état de nuire, et même en leur en lais-sant tous les moyens. E.