122 TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES.
avec une masse suffisante, une ligne centrale con-tre des armées isolées, qui n’opéraient que suc-cessivement à trois ou quatre mois d’intervalle,et dont les chefs irrésolus et pusillanimes, n'é-taient jamais d’accord. Quinze mois de revers nelui apprirent cependant pas, que c’était une fautemajeure de passer dans l’inaction les six mois lesplus favorables, au lieu d’écraser l’armée qu’ilavait devant lui, quand les autres étaient à centlieues, en quartiers d'hiver. Et depuis la premièrecampagne, jusqu’à la dernière, il ne débuta ja-mais par un mouvement hardi et vigoureux, pourfrapper le coup qui lui offrait les plus belleschances de succès.
Ce reproche, que nous lui avons fait pour lacampagne de 1 y 5q, est encore plus fondé au com-mencement de celle de 1760. Le roi avait été ac-cablé à Kunersdorf et à Maxen; il devait s’atten-dre que les coalisés chercheraient à opérer deconcert, et peut-être même à se réunir en-deoàde l’Oder, comme ils avaient déjà tenté de le faireavant ses désastres. Les renforts portés au corpsde Laudon donnaient la mesure de ce que l’en-nemi entreprendrait sur cette ligne , le seulmoyen de le prévenir était de profiter du mor-cellement des Autrichiens pour rassembler sonarmée, celle du prince Henri, et le corps de Fou-quet, entre Daun et Laudon, d’accabler avec larapidité de l’éclair celui des deux qui lui offrirait