124 TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES.
ne connaissait que trois choses à la guerre :fairedix lieues par jour, combattre, et cantonner en-suite. Cette grande vérité, appliquée à la positiondu roi, montre l’inconcevable négligence de ceprince sous son véritable jour, et permet de cal-culer le fruit qu’aurait obtenu l’application dusystème moderne en pareille occurrence. En serappelant, par exemple, que les mêmes troupes,dont l’attitude menaçante en Bavière et en Souabecontenait l’Autriche à la fin de septembre 1806,entrèrent victorieuses à Berlin un mois après, onpourra juger si Frédéric eut vingt fois le temps etles occasions de se débarrasser des Autrichiens,dans les six mois qui s’écoulèrent chaque annéeavant que leurs alliés parussent sur la scène. Je neveux pas dire par-là que le roi aurait dû faire laguerre d’invasion au loin; il se trouvait, depuis1757, dans une position qui le lui défendait, ainsique je l’ai observé dans le chapitre XIV ; maisc’était une raison de plus pour profiter de sa po-sition centrale afin de se débarrasser du plus im-portun de ses ennemis, pendant qu’il avait lesmoyens de le faire avec toutes les chances desuccès. Quels que soient les motifs allégués poursa justification, on l’excusera difficilement de n’a-voir pas livré bataille aux Autrichiens tandis queles Russes cantonnaient encore derrière laVis-tule, et d’avoir acceptéle combat à Torgau lors-qu’ils étaient sur le théâtre de la guerre, éloignés