l5o TRAITÉ DES GRANDES OPERATIONS MILITAIRES,soin, et cfe manœuvrer comme avec des pions,Daun aurait pu marcher vivement aux Prussiens,tandis qu’ils venaient s’engager dans une positionaussi hasardée. En manœuvrant un peu par sadroite dans l’action, il pouvait, en cas de succès,jeter Frédéric dans les défilés de la Bohème; l'ar-mée russe, poussant le petit corps deGoltz, etrevenant alors sur Breslau pour se lier à Daun,aurait achevé le succès de cette entreprise, à la-quelle on ne risquait rien, puisqu’on communi"quait avec Friedland et Glatz, d’un côté, et avecDresde, de l’autre.
En général, la conduite de Daun, dans toutesles opérations de cette campagne , fut la mêmeque celle de la campagne de 1709; on y trouvel’inconcevable lenteur, l'irrésolution, cette fai-blesse de caractère que le courage personne] neremplace jamais. Sa marche, pour suivre Frédéricen Saxe et camper à Torgau, est le mouvementle plus sage qu’il entreprit; mais encore ne fut-illié à aucunes vues générales, à aucune combinai-son avec les armées de ses alliés; il laissa mêmeLaudon en Silésie, avec un corps nombreux,s’occuper d’accessoires inutiles, tandis que sonentreprise, si elle eût été soutenue simultané-ment par Laudon et par les Russes, pouvait déci-der sur 1 Elbe du sort de la monarchie prussienne.Qu’on se rappelle à quoi tint la bataille de Torgau»