GUERRE d’ÉGYPTE. — CHAP. XI. 217
gracier. Ils donnèrent une nouvelle charge , et,repoussés avec autant d’intrépidité qu’à la pre-mière , ils se rabattirent avec fureur sur l’inter-valle qui séparait les deux carrés, dans le desseinde les isoler l’un de l’autre ; mais ils reculèrentdevant les feux de file et l’artillerie chargée àmitraille qui portaient dans leurs rangs le ravageet la mort. Kléber, sentant que le carré commandépar Junot n’était pas assez grand pour renfermerles chevaux, les caissons et les autres équipages,saisit ce moment pour réunir ses deux carrés enun seul, malgré les efforts inouis que tenta l’en-nemi pour l’en empêcher. EspérantTque selon leurcoutume religieuse , les Musulmans cesseraient decombattre au coucher du soleil, Kléber ordonnaà ses soldats de ménager leurs munitions de ma-nière à pouvoir prolonger le feu jusqu’à la nuit.Retranchés derrière un rempart de cadavresd’hommes et de chevaux, les Français repous-sèrent avec le plus grand sang froid les chargesmultipliées de leurs adversaires. Une confianceinaltérable dans leur chef et dans leur proprevaleur les élevait au-dessus de tous les périls.Mais enveloppés par une armée quinze fois plusnombreuse, il était évident que cette troupe dehé ros, accablée par la fatigue et par le nombre ,finirait par trouver , dans la plaine de Fouli, unemort glorieuse. Il était une heure après midi;on combattait avec acharnement sur tous lespoints. Tout à coup le bruit du canon se fit en-tendre dans le lointain : « C’est Bonaparte ! s’é-crièrent les soldats pleins d’ardeur et d’enthou-