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Mais quand nous voyons dans ce nouvel Etat commercial (l’association des douanes allemandes)quelques fabricants réclamer déjà des droits protecteurs plus élevés®), nous ne devons pas être surprisde ce que les industriels français, qui depuis le commencement du siècle ont joui de ces droits protec-teurs élevés contre les marchandises étrangères ou de leur prohibition, demandent plus hautement encorela conservation de ces privilèges et monopoles. L’histoire nous apprend qu’on n’a jamais renoncé volon-tairement au monopole ; or le pouvoir législatif en France résidant presqu'exclusivement dans les mainsde ces partisans du monopole, il n’est pas à prévoir que la législation française subisse prochainementuri amendement essentiel.
Dans des siècles antérieurs , les Rois élevés au dessus des intérêts et n’ayant en vue que le biengénéral pouvaient octroyer des franchises commerciales et des faveurs; la monarchie constitutionnelle n’apas les mains libres à cet égard et se trouve liée par le vote des chambres ; dans ces dernières, nombred’intérêts privés sont duement. représentés il est vrai, mais il ne s’ensuit pas que les intérêts générauxle soient toujours.
Si les circonstances étaient les mêmes qu’auparavant, nous aurions pu espérer depuis longtemps,de voir nos rapports commerciaux avec la France prendre un aspect plus favorable, grâce à la hautesagesse du Roi actuel des Français, et à ses sentiments de bienveillance pour notre nation dont il a apprisa connaître exactement les besoins à la suite d’un séjour prolongé en Suisse.
Cependant comme la vérité, tôt ou tard, se fait jour quelles que soient les circonstances, nous avonsla conviction qu’en dépit des efforts opposés aujourd’hui par les chambres à toute facilité commerciale, lesprohibitions et les droits protecteurs exorbitants qui en sont l’équivalent, devront céder une fois devant lesintérêts généraux de la France et les vues plus saines propagées par la science de l’économie nationale.
Cette conviction, nous ne la puisons nullement dans l’attente qu’on écoutera la voix de l’équité enfaveur de la Suisse, et qu’on finira par reconnaître qu’il est injuste de prohiber ou d’imposer trop forte-ment les marchandises d’un petit pays qui offre un marché si riche et entièrement libre à tous les pro-duits français. Lorsqu’il s’agit de régler les rapports d’Etat à Etat, l’intérêt fait le plus souvent fermerles yeux sur l’équité. Si par conséquent l’intérêt bien entendu de la France ne se concilie pas avec lenôtre, alors tout espoir est perdu de voir nos relations commerciales avec la France prendre un aspectplus favorable. Mais, selon nous, cette communauté d’intérêts existe, et réagira tôt ou tard surla législation française, d’autant plus infailliblement que les consommateurs, le commerce et nombre
bourgmestre Herzog d’Effingen et le Président de Gonzenbach) délégués à Stuttgart déclarèrent à leur retour qu’à cela seréduisaient les exemptions de droits et les concessions qu’ils avaient pu obtenir de la part des Etats Allemands voisins,ces faveurs furent généralement trouvées insuffisantes. La presse suisse se répandit sans ménagement en plaintes amèressur la non-réussite des négociations qui avaient eu lieu.
Or quelles sont les franchises et les faveurs commerciales que la France accorde à la Suisse?
La France use envers amis et ennemis du même système de droits exorbitants ou de véritables prohibitions!! Sinous pouvions prévoir d’obtenir par de nouvelles négociations les memes concessions que celles accordées de la partde l’association des douanes allemandes, nous recommanderions vivement de recourir à des négociations semblables,sans nous soucier du jugement si souvent injuste de la presse. Mais malheureusement nous doutons hautement deleur succès.
*) Qu’on se rappelle la motion soulevée au sein de la Chambre des députés du Grand-Duché de Eaden en I84f, tendantà une augmentation des droits sur les fils de coton étrangers , ainsi que les réclamations des raffineurs de sucre alle-mands, Comparez surtout le rapport du député Sander.
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